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Tour 1937 : un Tour fou, fou, fou...16 novembre 2018  

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GINO LE PIEUX.

En 1937, le nouveau patron du Tour de France est Jacques Goddet. Henri Desgrange a passé la main pour raison de santé, mais il reste le maître d'œuvre de l'épreuve. Il introduit deux innovations : le dérailleur déjà utilisé dans de nombreuses courses, mais interdit jusque-là dans le Tour de France, (sauf jadis pour les touristes-routiers) et les camionnettes de dépannage pour chaque équipe, y compris pour les individuels. Mais le véritable événement est la présence d'un coureur de 23 ans, hors du commun, l'Italien Gino Bartali, un super-champion déjà vainqueur de deux Tours d'Italie .
Bartali ne vient pas sur le Tour de gaîté de cœur. En 1936 les Italiens s'étaient désistés pour des raisons politiques. Cette année ils viennent et pour les mêmes raisons : Mussolini étant conscient de l'avantage propagandiste qu'il peut tirer d'une victoire du champion italien dans le Tour de France.
Mais Bartali qui n'est pas un chaud partisan du fascisme se fait tirer l'oreille. D'autant, qu'en début d'année une sale broncho-pneumonie a failli envoyer le pieux Gino au paradis. Dans un premier temps il décline l'invitation de Desgrange mais finit par accepter sous la pression menaçante des fascistes.
Dans les Alpes Gino Bartali manifeste sa supériorité. Il est évident que l'on tient là le vainqueur du Tour de France. Malheureusement dans l'étape Grenoble-Briançon il plonge à la sortie d'un virage dans le Torrent Couleau un modeste affluent de la Durance en crue ce jour-là. Malgré son courage il abandonnera la course quelques étapes plus tard, à Marseille... sous la pression du directeur de l'équipe italienne. Une place d'honneur de leur champion à l'arrivée à Paris n'est pas acceptable pour les fascistes. Seul un triomphe peut les satisfaire ! Ce sera pour l'année suivante. Cet abandon contraint forcé, bien que dissimulé comme tel au public, relance la course.

DEUX MAILLOTS JAUNES.

Roger Lapébie l'un des favoris, est un athlète ambitieux, malin, et sa trogne rubiconde lui attire une forte popularité auprès du public français. C'est un bon vivant qui aime les femmes, les mets capiteux et qui ne mâche pas ces mots, ce qui ne lui attire pas que des amis. Grimpeur moyen, Il roule bien, sa pointe de vitesse est redoutée et il descend les cols aussi bien que Speicher, c'est-à-dire comme un fou ! Ce qui lui permet de gagner l'étape Briançon-Digne au nez et à la barbe des grimpeurs, malgré l'ascension de l'Izoard.
A Digne, c'est un individuel Italien inconnu à la chevelure rousse, Vicini, qui prend le maillot jaune... à 17 heures, car à 18 heures il passe sur les épaules du Belge Sylvère Maës à la suite d'une étourderie des organisateurs qui n'avaient pas pris en compte une pénalité d'une minute infligée à Vicini la veille ! Pour calmer le public qui a vu Vicini effectuer un tour d'honneur avec son maillot jaune, on lui laisse le maillot et on en attribut un (le bon) à Sylvère Maës malgré un écart de 35 secondes entre les deux coureurs. Il y aura donc deux maillots jaunes au départ de Digne, ce qui est unique, dans ces circonstances, dans les annales du Tour de France (1).

DESGRANGE LE DESPOTE.

Les chances de Lapébie de battre Sylvère Maës, vainqueur l'année précédente, son réelles. A Marseille il n'est qu'à 2'53" de son rival belge au classement général. Au pied des Pyrénées il n'est plus qu'à 2'18". Mais l'équipe belge est très forte et écrase ses adversaires dans les étapes contre-la-montre par équipe où son hégémonie est presque totale. Et justement, cette année-là, Desgrange a prévu cinq demi-étapes contre la montre par équipe, 2 tiers d'étape contre la montre par équipe et un tiers d'étape contre-la-montre individuel. Dans l'intention de redonner du suspens à la course, le despote décide, en pleine épreuve, de supprimer le plus arbitrairement du monde à partir de Marseille les étapes contre-la-montre par équipes. Une seule sera conservée ainsi que l'épreuve contre-la-montre individuelle ! Vigoureuses protestations des Flamands ! Mais Desgrange reste imperturbable puisqu'il modifie le règlement comme il l'entend !

LA FANTASTIQUE ETAPE LUCHON-PAU.

Le Tour va se jouer dans la deuxième étape pyrénéenne entre Luchon et Pau, avec quatre cols au programme : Peyresourde, Aspin, Tourmalet et Aubisque.
Pendant une séance d'échauffement de l'équipe de France avant le départ sous la direction du très dynamique Jean Leulliot, Lapébie s'affale sur la route son guidon brisé entre les mains. Le champion est KO mais n'est pas blessé. Après examen du guidon on s'aperçoit qu'il a été scié. Les soupçons se portent sur un mécanicien belge de la firme ALCYON. C'est donc un coup des belges, bien que cela n'ait jamais été prouvé.
La tension est à son comble. A la hâte, on remonte un guidon neuf sur la machine de Lapébie, mais sans porte-bidon. Comme le Français répugne à placer des bidons dans les poches de son maillot, il prend le départ sans rien à boire et il sait que le règlement lui interdit de s'approvisionner en boisson hors ravitaillement.
Dès le départ Lapébie est attaqué en force par les Belges, démoralisé il perd du terrain. Au sommet d'Aspin il est à la dérive et a perdu plus de quatre minutes. il songe à abandonner malgré la sollicitude de Paul Choque son équipier. Après la descente d'Aspin, Lapébie attaque le Tourmalet à l'énergie. Il va mal et pense à nouveau à abandonner. Au sommet il a 6'47" de retard. Mais il descend le Tourmalet à une vitesse vertigineuse. Au contrôle d'Argelès il n'a plus que 3'00" de retard et au pied du petit col de Soulor, qui précède l'Aubisque, Sylvère Maës découragé est rejoint. Lapébie avec une volonté retrouvée passe en bonne position au sommet de l'Aubisque et arrive second épuisé et heureux à Pau derrière l'Espagnol Berrendero.
C'est un retournement de situation sensationnel. Le Français n'est plus qu'à 1'33" de Sylvère Maës. Mais pendant la journée de repos les commissaires décident de pénaliser Lapébie de 90 secondes pour ravitaillement illicite. On l'accuse également d'avoir été poussé dans le Tourmalet. La décision des juges provoque un tollé. Des partisans de Lapébie s'en prennent aux commissaires. Lapébie et toute l'équipe de France menacent d'abandonner. Ils n'en feront rien grâce aux exhortations de Desgrange. L'écart entre Sylvère Maës et Lapébie est de 3'03" L'atmosphère est nauséabonde.

L'ABANDON DES BELGES.

Le lendemain, Sylvère Maës écope d'une pénaité de 15" pour aide illicite. Pour comble de malheur un passage à niveau se ferme au mauvais moment.
Lapébie profite de l'aubaine. A Bordeaux le Français arrive second derrière son coéquipier, Paul Choque, et empoche une bonification. Il n'est plus qu'à 25" de Sylvère Maës. Le soir, les coureurs belges sont agressés par des supporters de Lapébie. C'est la goutte de bière qui fait déborder la chope ! Les belges menacent d'abandonner si la pénalité infligée à Maës n'est pas retirée. Elle ne le sera pas et les Belges prennent le train pour Paris, puis pour Bruxelles où ils seront accueillis par une foule en délire.

UNE VICTOIRE CONTESTÉE.

Le peloton, qui possédait deux leaders à Digne repart de Bordeaux sans maillot jaune et sans les belges ! Lapébie enfile enfin l'emblème suprême à l'issue du premier tiers d'étape Bordeaux-Royan. Ensuite il réussira à maintenir Vicini à distance et remportera au Parc des Princes et contre toute attente cet extravagant 31ème Tour de France.
Par la suite Lapébie revendiquera la présence de tous les coureurs de l'équipe de France dans les critériums d'après-tour. Desgrange n'aime pas les rebelles. Il n'aime pas davantage ceux qui s'immiscent dans les failles de son règlement. Il reprochera à Jean Leulliot, directeur de l'équipe de France et ancien coureur amateur, ses méthodes modernes de management. Il l'accusera d'avoir utilisé dans le silence du règlement des moyeux arrière à double filetage permettant aux Français de bénéficier de 6 vitesses au lieu de 3. Desgrange ne pouvait annuler la victoire de Lapébie sous peine d'émeute. Il se contenta de sanctionner le champion en ne le sélectionnant pas pour le Tour suivant et après négociations : l'abstention de Lapébie sera achetée contre des contrats avantageux dans différentes courses sur piste au Vel' d'Hiv et notamment les 6 jours de Paris !

(1) En 1929 André Leducq, Nicolas Frantz et Victor Fontan partirent de Bordeaux tous trois avec le maillot jaune. Leurs temps au classement général étaient identiques !

Jean Roussel, auteur de : "Il était une fois le Tour de France" - éditions L'Harmattan.


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Fichier mis à jour le : 1/02/2013 à 19:06

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