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Quand les coureurs se révoltent...19 decembre 2018  

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Quand les coureurs se révoltent...

Vous avez lu l'historique des syndicats ? Alors vous pouvez lire l'historique des révoltes des coureurs.

Par Dominique Turgis (le 19/6/2005)

Sport individuel pratiqué en peloton et en équipe, le cyclisme a fait naître une corporation ambulante, les cyclistes professionnels. Corporation hétérogène, aux intérêts divers mais qui peut parfois se retrouver autour de revendications communes.

Sans organisateurs, pas de courses et pas de cyclistes. Pas de publicité et pas d'argent non plus, surtout que les premiers organisateurs étaient les journaux. Les coursiers ont parfois eu l'impression que ces organisateurs leur demandaient beaucoup mais ne leur redonnaient pas assez en retour.

Mais qu'est-ce que c'est que ce cirque?

En 1925, le 1er mai (!), une trentaine de coureurs votent la grève pour Paris-Tours, organisé par L'Auto et donc par Henri Desgrange. Ces coureurs français et belges se regroupent au sein du CIRC. Ces coureurs veulent deux choses : des courses moins longues et des prix en augmentation.
Parmi ces coureurs, on retrouve Eugène Christophe, Romain Bellenger, Louis Mottiat. Pour un mouvement de cette ampleur, il leur faut un meneur. C'est Henri qui s'y colle. "Henri qui ? Ben Henri Pé-li-ssier !", pour reprendre un dialogue d'Audiard. Il est accompagné par son ombre, son frère Francis et leur servile Ville. Henri Pélissier, un chef charismatique plus que fédérateur. Un réfractaire né. Pour entamer sa carrière cycliste, il doit défier son père tyrannique. Il se fait réformer ce qui va lui permettre de passer à travers les tranchées de 14-18. Après le conflit, il entre en guerre contre les marques de cycles et l'organisateur n°1, Henri Desgrange. Celui-ci ne manque pas une occasion de souligner les abandons et les coups de tête d'Henri Pélissier.
Dans le Tour 1924, la rébellion des Pélissier est relayée par Albert Londres avec son article "Les Forçats de la Route". A l'origine de l'abandon et de la colère de l'aîné des frères, le contrôle par un commissaire "sur le dos de la bête" du nombre de maillots qu'il portait : "Je m'appelle Pélissier et non Azor."
En 1925, après Paris Tours, le mouvement continue pour Paris Nantes, le 17 mai.

La presse ne voit pas toujours d'un bon œil ce CIRC. Elle reproche aux Pélissier de ne pas toujours respecter les courses et les organisateurs. Mais cette presse qui juge est aussi celle qui organise.

Valence d'Agen n'a pas compté pour des prunes

Fausto Coppi, lui aussi, a voulu améliorer la condition de ses collègues de travail. Dans le Giro 1947, avec Bartali, il organise un déjeuner sur l'herbe après l'annulation par l'organisateur d'une neutralisation de deux minutes. L'année suivante, dans une étape de 347 km, sous un soleil brûlant, Coppi lance une grève (contre l'avis de Bartali). En roulant à 25 à l'heure, le Campionissimo veut faire comprendre aux organisateurs que le temps des étapes marathon est dépassé.
Trente ans plus tard, une grève sur le tas va opposer les coureurs et les organisateurs du Tour de France. La grève de Valence d'Agen du Tour 1978 marque le ras-le-bol des coureurs. Ras-le-bol de se lever tôt pour courir des demi-étapes qui multiplient les villes étapes. Ras-le-bol de se coucher tard comme la veille au soir, où certains coureurs n'ont pas été massés. Debout à cinq heures, il ne manque que le clairon. Alors, dès le départ, spontanément, le peloton roule au pas pour finir à pied dans le sillage d'Hinault, Maertens et des cadors de l'époque. Pour Jacky Hardy, coureur à l'époque, cette grève a fait changer les choses.
Les filles ne sont pas en reste. Après le Tour masculin tumultueux de 1998, elles aussi vont se révolter dans leur Grande Boucle. Elles se dressent contre l'organisateur en s'asseyant sur le bitume à St Louis, l'avant veille de l'arrivée. Les raisons de leur colère sont les mêmes que celles des garçons en 1978. Magali Le Floc'h pour sa première Grande Boucle se souvient du régime imposé aux coureurs : "On grimpait trois cols tous les jours. On rentrait aux hôtels à minuit, sans être douchées ni massées. Parfois le matin, il fallait se lever à six heures." Catherine Marsal et Lynda Jackson sont les porte-parole du mouvement. L'organisateur promet d'adoucir son épreuve dans le futur. Une promesse qu'il a eu du mal à tenir.

Bas les casques

Les coureurs ne s'attaquent pas qu'aux organisateurs. Ils s'attaquent aussi aux règlements. En 1909, les coureurs français font grève contre les amendes de l'Union Vélocipédique de France, la fédération, qu'ils jugent exagérées.
En 1991, Hein Verbruggen veut imposer le port du casque aux professionnels. Dans Paris Nice, les coureurs protestent, menés par Marc Madiot, Duclos-Lassalle, Roche et LeMond. Le lendemain, le peloton de Tirreno-Adriatico suit le mouvement. Le peloton va "gagner", Verbruggen recule.
Le décès accidentel d'Andrei Kivilev fait ressortir le projet. Le CPA et son président Francesco Moser soutient le port obligatoire du casque. L'UNCP est partisane du libre choix. A l'occasion du championnat de France 2003, les coureurs manifestent en parcourant le premier tour au ralenti. Trop tard, le projet est passé.

"Y a qu'nous"

Un autre point du règlement a souvent posé problème aux coureurs, au point de faire naître la contestation : le dopage. Sur ce point, il faut reconnaître que les manifs collectives se sont plus souvent opposé aux contrôles (dès le Tour 1966) qu'au dopage. Inutile de rappeler le Tour 1998 et les Giro 1999 et 2001. Malheur à ceux qui veulent se démarquer ouvertement.
Les coureurs ont longtemps endossé l'habit des éternelles cibles des contrôles anti-dopage, en comparaison des autres sports. Ils ont eu le sentiment de payer pour les autres. En 1976, l'UNCP menace même de ne plus se soumettre aux contrôles tant qu'il y aura "une insupportable discrimination dont sont l'objet […] les coureurs cyclistes professionnels." Un argument souvent repris en 40 ans de contrôles anti-dopage.
D'autres sons de cloche existent. Dès 1967, Michel Scob, secrétaire général de l'UNCP est partisan du "balayer devant sa porte". Il déclare à Miroir du Cyclisme qu'il est contre les amphétamines qu'il classe parmi les drogues. Il va plus loin : "Je crois sincèrement que, malheureusement, le cyclisme est le sport le plus empoisonné." C'était en 1967, rappelons le .

Plus de revenus

A la création de l'UCPF en 1957, un des chevaux de bataille est la réduction de la "position privilégiée des indépendants." A cette époque, les coureurs bien que salariés des marques de cycles tirent la majorité de leurs revenus des prix en course et des contrats des critériums. Ils sont dans la peau de journaliers ou de travailleurs indépendants qui courent après le contrat. Dans les critériums, les pros partagent la place (et donc l'argent) avec les indépendants qui, en plus, prennent un malin plaisir à leur souffler les primes. Ces "indés" portent les couleurs de marques de cycles, comme les pro, mais ils ne paient pas d'assurances sociales, au contraire des pros. Un cas de concurrence déloyale, du point de vue des professionnels.

Quand il devient président de l'UNCP, Cyrille Guimard s'attèle au problème des critériums dont dépend encore la majorité des revenus des coureurs. Il s'insurge contre le fait qu'un coureur français touche des contrats plus faibles que ceux d'un coureur étranger à valeur sportive égale. Il s'attaque au système des managers qui placent les coureurs dans les critériums et fixent les tarifs. Il continuera d'ailleurs cette lutte, une fois devenu directeur sportif.
A l'image de ce qui se faisait aux Pays Bas, où la fédération chapeautait le managérat, André Chalmel propose que l'UNCP fixe la valeur des coureurs. Le projet est rejeté. Dans son livre "Un petit vélo dans la tête", Cyrille Guimard juge qu'il est difficile d'avoir un accord de tous les coureurs sur ce sujet, quand de grandes différences de salaires et de contrats existent.

Vous n'avez rien à déclarer ?

Les prix en course sont aussi une source de revenus. Dès sa création, l'AICPRO obtient une revalorisation de 30% des grilles de prix. Cette année, le Giro fut l'objet d'une lutte entre le CPA de Moser et les organisateurs. Les prix n'étaient pas assez importants pour le premier. En 1981, Moser, encore coureur, avait déjà protesté contre les prix trop faibles du Giro. Finalement, cette année, les organisateurs italiens ont concédé une surprime à chaque arrivant, équivalente au prix d'une caisse de champagne. Champagne ou mousseux?
Mais quand on gagne de l'argent, il vaut mieux le déclarer. Jean Bobet dans son livre "Demain on roule" (Editions de la Table Ronde) se souvient d'un de ses premiers chantiers : défendre la cause de coureurs qui avaient "oublié" de déclarer leurs revenus. L'administration fiscale toute heureuse de trouver, enfin, un interlocuteur qui représente une profession saute sur l'occasion. Si Jean Bobet parvient à réduire le nombre d'années "épluchées" par les contrôleurs, ce n'est pas assez pour certains coureurs concernés. Ils viennent le menacer en pleine course.

Minimum syndical

Depuis la fin des années 80, les salaires relèvent la tête et dans le même temps les critériums déclinent. Mieux, depuis le 1er janvier 2002 un salaire minimum existe. Le CPA a obtenu un accord paritaire sur ce sujet avec l'UCI, les groupes sportifs et les organisateurs. Ce "SMIG" est de 20 000 euros par an pour un néo-professionnel. Il monte à 23 000 euros annuels pour les coureurs plus anciens. Lors d'une réunion en avril 2005, le CPA revendique même 50 000 euros annuels à terme.
Déjà en 1956, le comité des professionnels à la FFC avait évoqué la création d'un salaire minimum. Ce souci d'un minimum vital montre bien la situation précaire de beaucoup de coureurs à l'époque. Le refus des membres de ce comité montre que cette situation a continué.

Contre le chômage

Son expérience de coureur a influencé les revendications d'André Chalmel. En particulier le statut du néo-pro. A son époque, le premier contrat n'est que d'un an. Le néo-professionnel est à la merci d'une blessure, d'une maladie ou d'une mésentente avec le directeur sportif. Les coureurs vont donc obtenir un contrat de deux ans pour les nouveaux professionnels.

Néo-pro ou pas, la fin du contrat signifie le chômage, comme pour n'importe quel salarié.
Fin 1958, Jean Bobet obtient de la FFC l'autorisation de créer une équipe de chômeurs en 1959. Jean Bobet se souvient : "Avec Louison Bobet, Géminiani et Anquetil dans le bureau, pas de soucis pour avoir des vélos et des boyaux (Hutchinson). Le maillot était gris et le directeur sportif, Léo Véron, fut le directeur technique de l'équipe de France du Tour 1947".
En 1975, l'UNCP reprend l'idée. Un maillot gris (encore !) à lettres rouges permet à plusieurs coureurs, et notamment Patrick Cluzaud, de continuer à courir pour quérir prix, primes et petits contrats.
En 1984, après des équipes FFC ou des Amis du Tour de France qui ont réussi à recaser plusieurs coureurs, l'UNCP met de nouveau sur pied une équipe de chômeurs. A sa tête, Marcel Tinazzi, le président de l'UNCP. Cette équipe va jouer son rôle d'agence de placement. Grâce à elle, Patrice Thévenard, Alain Dithurbide et Michel Charréard participeront au Tour de France 1984 dans l'équipe portugaise SPORTING. Laurent Fignon déclare à L'Equipe Magazine qu'il trouve cette initiative "un peu misérabiliste" mais l'équipe est reconduite en 1985. Les coureurs courent sur leur propre matériel et parfois leur vélo les trahit. Vincent Lavenu échappé dans Paris-Camembert doit lutter contre un cable de dérailleur récalcitrant.
Enfin, en 1995, les coureurs lâchés par le GROUPEMENT se réunissent sous le maillot de la FFC et de la Ligue pour courir le Tour de l'Ain et le Tour de l'Avenir.
Et quand le coureur arrête sa carrière, volontairement ou non, il est souvent désorienté pour changer de métier. André Chalmel se souvient avoir monté des stages pour faciliter la reconversion des coureurs. Ils étaient en partie financés par les groupes sportifs sauf... RENAULT l'équipe de Cyrille Guimard. Il faut dire qu'en 1981, Chalmel avait quitté RENAULT pour PEUGEOT "l'ennemi".
En 2000, dans la dépression post-FESTINA, Xavier Jan et l'UNCP insistent sur l'importance de l'aide à la reconversion. Pour être plus serein et donc pour diminuer les "tentations" des coureurs qui doutent. Et aussi pour changer de corporation, une fois rentré dans le "civil".

Le CPA est il représentatif ?

Avec le Pro-Tour, le CPA prend de plus en plus d'importance avec la bénédiction de l'UCI. Deux sièges au conseil de l'UCI Pro-Tour, dont un pour son président Francesco Moser. Cela tombe bien, l'ancien recordman de l'heure est un soutient indéfectible du Pro-Tour, un peu moins de sa charte éthique. Au niveau national en France, ce soutient à cette compétition est moins évident. La veille du G.P de Rennes, l'UNCP a tenu une réunion pour faire parler les coureurs du Pro-Tour, sur leurs craintes et leurs attentes. Les coureurs des équipes Pro-Tour et ceux du circuit continental. Dans La France Cycliste Florent Brard ne reconnaît pas à Moser le droit de représenter les coureurs. "Il nous a été imposé par l'UCI".
L'unité syndicale, c'est pas encore ça !

Photos : Quoi... encore Bordeaux-Paris ? Non, non, c'est simplement pour montrer le maillot de l'UNCP en 1984 porté par Dominique Sanders.
Jean Bobet, créateur de l'UCPF en 1957
Crédits : Dominqiue Turgis, Miroir des Sports


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Fichier mis à jour le : 1/02/2013 à 19:06

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