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Palmarès de Firmin Lambot (Bel)18 novembre 2018  

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Firmin LAMBOT
né le 14 mars 1886 à Florennes
décédé le 19 janvier 1964 à Anvers

Firmin Lambot, dit "Dèjo", voit le jour le 14 mars 1886 à Florennes à l'ancienne rue de Rosée, aujourd'hui rue H. de Rohan Chabot, ancien bâtiment Geerts. Il est le fils de Louis et Alphonsine Sibille. Deux ans et cinq jours plus tard, toujours à Florennes, c'est Léon Scieur dit "Papau", qui verra le jour, à l'extrémité de la rue de Mettet. Firmin exerce le métier de bourrelier et se passionne pour le sport cycliste.

Dès 1908, Firmin en tant que professionnel, engrange des succès : 1er à Velaine-sur-Sambre, 1er à Mazy, 1er à Genappe, 1er à Fosses, 1er à Andenne. Il se classe 2ème du Championnat des Flandres et de Charleroi-Beaumont-Charleroi. L'année suivante, il termine 4ème du Championnat de Belgique. En 1910, il se classe 7ème du Tour de Belgique. En 1911, Firmin obtient une 8ème place au Championnat de Belgique et une 23ème place à Paris-Brest-Paris. Il prend part pour la 1ère fois à la Grande Boucle. Porteur du dossard 28 dans l'équipe Le Globe, il s'élance de Paris avec 83 autres concurrents pour couvrir 5344 kilomètres en 15 étapes. Au menu, ils doivent notamment aborder, pour la première fois, l'escalade des Cols du Galibier, du Télégraphe, d'Allos et de Valjelaye.
Cette 9ème édition est émaillée par divers incidents et remportée par le Français Gustave Garrigou avec 43 points. Firmin termine cette Grande Boucle à une honorable 11ème place avec 178 points.
On remarque déjà que Firmin se classe régulièrement parmi les 10 premiers à l'issue des étapes de montagne. Ainsi, il termine 6ème à Chamonix, 10ème à Grenoble, 6ème à Luchon, 7ème à Bayonne.

En 1912, après avoir pris part au Championnat de Belgique où il se classe 5ème et au Tour de Belgique où il termine à la 7ème place, Firmin se présente à Paris au départ du Tour de France.
Toujours dans l'équipe Le Globe, Firmin porteur du dossard 39, parvient à rallier le Parc des Princes à Paris. Il termine au classement final à la 18ème place avec 265 points. L'édition de 1912 est enlevée par Odiel Defraye, 20 ans, qui apporte à la Belgique enthousiaste, la 1ère victoire dans le Tour. Au cours de cette Grande Boucle, Firmin termine 3ème de la 7ème étape Nice-Marseille.
Firmin est considéré comme le spécialiste des longues courses à étapes.

En 1913, il est fidèle au rendez-vous à Paris pour le départ de la Grande Boucle dans l'équipe Griffon avec un autre namurois et ami, Félicien Salmon. Firmin porte le dossard 38 et remporte sa 1ère victoire sur le Tour de France, lors de la 9ème étape, Aix-en-Provence-Nice, 356 km, après être passé en tête au sommet des cols du Braus et Castillon. Il termine 3ème de la 12ème étape, Genève-Belfort, à 1'22" du vainqueur, son compatriote Marcel Buysse. Il apparaît régulièrement dans les dix premières places aux termes des étapes. A Paris, il termine à une brillante 4ème place à 4h12'45" du vainqueur final, son compatriote résidant à Florennes, Philippe Thys. Au cours de la saison 1913, Firmin se classe à la 20ème place de Paris-Roubaix.

En 1914, 145 concurrents, parmi lesquels Firmin, porteur du dossard 17 et équipier notamment du vainqueur de l'année précédente, Philippe Thys, dans l'équipe Peugeot-Wolbert, prennent le 28 juin, le départ à Paris de la 12ème édition de la Grande Boucle. 54 concurrents rallieront Paris.
Au cours de cette édition, Firmin se distingue à nouveau. Il domine Lapize dans la grande étape pyrénéenne et remporte sa 2ème victoire d'étape, à l'issue de la 6ème étape Bayonne-Luchon. Après être passé en tête aux sommets de l'Aubisque, de l'Aspin et Peyressourde, Firmin rallie la ligne d'arrivée en solitaire, devançant de 7'40" Philippe Thys. Il se classe, en outre, 3ème de la deuxième étape Nice-Grenoble, remportée par le Français Henri Pélissier avec qui il était passé en tête au sommet du col d'Allos. A Paris, Firmin termine 8ème, à 5h08'54" du vainqueur Philippe Thys, son équipier qui enlevait ainsi son deuxième Tour de France. Une semaine après l'arrivée, l'Allemagne déclare la guerre à la France.

En 1919, la paix est revenue sur l'Europe dévastée. Firmin, inscrit dans la catégorie des coureurs de première classe, se présente une nouvelle fois au départ de la Grande Boucle qui en est à sa 13ème édition. Ce Tour de la reprise est terrible, non seulement parce que les coureurs traversent dans le Nord et dans l'Est des régions marquées par la guerre, mais aussi parce que se posent des problèmes de pénurie. Pénurie de boyaux et pénurie de matériel, obligeant les constructeurs de cycles à se grouper dans un consortium, La Sportive, équipant quasi la moitié des 67 partants. La pluie et le froid venant s'ajouter aux 5560 kilomètres à parcourir par des athlètes à court de condition physique, seuls "onze Héros", onze "Géants de la Route" atteignent le Parc des Princes. Une hécatombe, qui commence dès la caillouteuse première étape Paris-Le Havre, qui fait renoncer 26 coureurs, dont Philippe Thys, vainqueur en 1913 et 1914, également handicapé par des maux d'estomac. Une étape clef, d'ailleurs, car le Belge Jean Rossius, le vainqueur, ayant passé un bidon à son compatriote, Philippe Thys est pénalisé de 30'00" hypothéquant toute sa bonne volonté. La pluie de crevaisons décourage aussi Jean Alavoine, qui reste ½ heure au fossé avant de se ressaisir. Quand on sait qu'il termine 2ème à Paris, à 1h42'54" de Firmin, on comprend que cette édition a tenu à peu de choses.

A la trop grande arrogance des frères Pélissier, présomptueux vainqueurs des 2ème et 3ème étapes, Henri et Francis se mettent si bien le peloton à dos qu'ils doivent renoncer à prendre le départ de la cinquième étape, non sans avoir utilisé le terme de forçats. Eugène Christophe prend alors le commandement du classement général. Quant à Firmin, il est régulier au cours de ces premières étapes. Aux arrivées, il apparaît dans les 10 premières places. A l'issue de la 6ème étape entre Bayonne et Luchon (326 km), il se classe 2ème à 18'37" du vainqueur, le Français Honoré Barthélémy, 3ème de l'étape suivante, 4ème à l'issue de la 8ème étape à Marseille. Firmin occupe désormais la deuxième place au général à 30'23" d'Eugène Christophe. Firmin parvient à reprendre un peu de temps au leader de l'épreuve au terme de la 10ème étape en prenant la 3ème place.
Samedi 19 juillet, au départ de la onzième étape Grenoble-Genève, Eugène Christophe, leader de la course, troque son maillot gris de La Sportive pour une "Toison d'Or", un maillot jaune le distinguant. Léon Scieur, Jean Alavoine et Firmin Lambot vivent un moment historique.
 
A ce sujet, depuis longtemps, les journalistes avaient suggéré à Henri Desgrange, patron du Tour de France, de faire porter par le leader du Tour, un maillot distinctif. Finalement, Henri Desgrange accepte et choisit tout naturellement le jaune, comme la couleur du papier sur lequel est imprimé "L'Auto". Plus tard, le Belge Philippe Thys, triple vainqueur du Tour de France, racontera qu'en 1913, Henri Desgrange lui avait proposé de revêtir un maillot jaune. Mais, faute de preuves et de témoins, cette anecdote restera une légende. Henri Desgrange écrivait dans le journal "L'Auto" de l'époque :
"Le Maillot de l'Auto à Christophe" :
"Un nouveau symbole, dont l'annonce est très discrète, va éclairer l'épreuve et bien davantage, le Maillot Jaune. J'ai remis, ce matin, au vaillant Christophe "Le Vieux Gaulois", un superbe maillot jaune. Vous savez déjà que notre directeur a décidé que l'homme de tête du classement général revêtirait un maillot aux couleurs de "l'Auto". La lutte va être passionnante pour la possession du maillot ! Alavoine et surtout Lambot voudraient bien le porter".
Lors de la 14ème étape, Eugène Christophe brise une deuxième fourche déjà éprouvée par une chute à Nice. Celle-ci ne résiste pas à la torture des 468 km de pavés de l'étape Metz-Dunkerque. Le "Vieux Gaulois" qui avait 28'05" d'avance sur Firmin au départ de cette 14ème étape, lui concède 1h10" dans la réparation de sa machine et un peu plus avec une chute. Firmin enlève la victoire à Dunkerque devançant son ami Léon Scieur de 6'43". Firmin est le premier coureur belge à endosser le maillot jaune tant convoité. Lors de la dernière étape, il parvient encore à creuser l'écart sur Eugène Christophe. Firmin remporte la victoire finale devançant les Français Jean ALAVOINE de 1h42'54" et Eugène Christophe de 2h26'31". Firmin, robuste, dur à la peine, entrait par la même occasion dans l'Histoire de la Grande Boucle. Il restera donc le premier coureur à avoir remporté le fameux maillot jaune.

Dans les annales du Tour de France, l'édition de 1919 restera comme l'une des plus terribles avec ses routes meurtrières : 10 coureurs rallient le Parc des Princes à Paris. Mais, elle restera toutefois synonyme de renaissance avec l'apparition d'un maillot de leader couleur soleil. Le symbole idéal au moment idéal.
"Lambot en était digne" écrivait Henri Desgrange, à l'issue de la dernière étape.
"Paris (27 juillet) – Le Tout-Paris sportif qui se pressait en l'immense arène du Parc des Princes, a fêté, comme il convenait de le faire, nos dix vaillants rescapés du Tour de France 1919. La grandiose randonnée de l'Auto, véritable Championnat du Monde de la route, compte une magnifique édition de plus. Et Firmin Lambot, le glorieux champion Belge, a triomphé et ajoute ainsi son nom à l'immortel palmarès. C'est parfait ! Certes, il convient de déplorer l'accident de machine qui, au cours de la 14ème étape, coûta la première place du classement général à notre brave Christophe, mais, ce faisant, il faut aussi reconnaître impartialement que le nom de Firmin Lambot, après ce que ce brave garçon vient de faire dans le 13ème Tour de France, ne dépare nullement la liste des vainqueurs précédents de la formidable épreuve. Et le premier de nos gestes, en ce lendemain de triomphe phénoménal, de cette inoubliable apothéose au Parc des Princes, regorgeant de sportsmen enthousiastes, doit consister à nous découvrir devant le vainqueur et à saluer du fond du cœur la petite mais sportive Belgique qui, depuis 1912, ne connaît dans notre Tour de France que de retentissants succès. Celui-ci est assurément moins pur que les précédents, et il est bien certain que tous les sportsmen, à quelque pays qu'ils appartiennent, eussent préféré une victoire plus facile, plus décisive ; il n'en est pas moins vrai que Firmin Lambot n'est pas écrasé par l'énorme triomphe qu'il vient de remporter. Il en était digne ! Il a, au cours de ce 13ème Tour de France, déployé des qualités vraiment extraordinaires. Il a été vite quand il le fallut, endurant plus encore, grimpeur excellent, et il a pour lui aussi cette 14ème étape qui fut fatale à Christophe, c'est vrai, mais dans laquelle il se montra infiniment supérieur. Honneur donc, et sans aucune restriction, à Firmin Lambot, vainqueur du Tour de France 1919 !. L'homme de Bayonne-Luchon et de la Boucle de Sospel en 1913 a été l'un des meilleurs athlètes de ce Tour de France, si difficile, si pénible, demandant tant de vaillance et d'énergie. Glorifions notre malheureux Christophe, plaignons-le, faisons tout pour le consoler de sa malchance, c'est juste, mais ne touchons pas à la victoire de Lambot, parfaitement régulière et que nul, réglementairement, ne saurait lui contester.
Bravo Lambot ! Vous avez été, avec Christophe et Alavoine, le meilleur d'un Tour de France qui rebuta les cinq sixièmes de son effectif au départ. Vous êtes l'un des héros d'un Tour de France que d'aucuns trouvèrent rapidement, avec ses routes mauvaises, ses rares ravitaillements, ses vieilles difficultés accrues encore d'un manque pas trop évident de matériel et de pneumatiques, au-dessus des forces humaines. Tous les sportsmen Français sont heureux de saluer en vous le successeur des Garin, Cornet, Trousselier, Pottier, Petit-Breton, Faber, Lapize, Garrigou, Defraye et Thys. Nous nous réjouissons, comme aussi nous nous sommes réjouis de voir que, contrairement à ce que d'aucuns en pensaient, la grande foule, la masse, s'est intéressée à notre grande randonnée comme au temps ou des chants plus nombreux venaient nous démontrer que le Tour de France n'était point encore le véritable Championnat du Monde de la route qu'il est aujourd'hui.
Les applaudissements fusaient de toutes parts en l'immense arène du Parc. Des hourras incessants s'élevaient dès qu'un "Tour de France", d'ailleurs annoncé par la grande voix de la foule qui n'avait pu trouver place à Auteuil et qui se pressait aux environs, apparaissait à l'entrée de la ligne droite et, après la magistrale arrivée de Jean Alavoine, vainqueur dans cinq de nos étapes, du petit Lucotti, de ce bouledogue de Bathélémy, du grand Scieur et du fin Coomans, qui souleva une tempête de bravos, ce fut la réception touchante faite au courageux petit Nempon, seul survivant de la catégorie B. Puis, après celles de Lambot, de Van Daele, de Steux et de Duboc, l'inoubliable arrivée de Christophe, le plus malchanceux coureur que la terre ait jamais porté. Alors, l'enthousiasme ne connut plus de frein ! Ce fut du délire ! Ce fut fantastique ! On fêta Christophe à l'égal d'un dieu, et notre Vieux Gaulois, pourtant si froid et si calme d'ordinaire, en sentit des larmes de reconnaissance obscurcir ses paupières. Oui, ce fut un triomphe sans précédent que cette fin du 13ème Tour De France, et un triomphe qui démontra péremptoirement que les sportsmen avaient compris la performance étourdissante de chacun de nos vaillants. L'Auto en remercie sincèrement tous les sportsmen. Il est fier aujourd'hui de ceux qui ont acclamé les 10 rescapés de sa course et qu'il sera toujours de ces braves qui ont permis au Tour de France 1919 de si magistralement relier l'incertain présent au radieux passé. Maintenant, l'Auto ne doute plus ! Le Tour de France est resté le Tour de France, c'est à dire la plus formidable et la plus passionnante épreuve qui soit ! Il n'a plus qu'à s'efforcer de lui conserver tout son remarquable prestige, toute son immense popularité !
".
Lors de cette saison de 1919, Firmin se classe à la 13ème place Paris-Bruxelles.

En 1920, Firmin est bien décidé de renouveler son exploit de l'année précédente en inscrivant une deuxième fois son nom au palmarès du Tour de France. Les organisateurs octroient le dossard 1 à Eugène Christophe alors que Firmin Lambot avait enlevé l'édition précédente. Ce dossard ne lui portera pas chance car Christophe abandonnera lors de la 7ème étape. Porteur du dossard 2, Firmin perd ses chances, dès le premier jour, par une série invraisemblable de crevaisons. Il est à noter que lors de ses participations à la Grande Boucle, le sage Firmin avait toujours sur lui 500 à 600 francs pour acheter un nouveau vélo..."au cas où". Il enlève toutefois deux victoires d'étapes : la 5ème étape Les Sables-d'Olonnes/Bayonne (482 km) et la 6ème Bayonne/Luchon (326 km) après être passé en tête aux sommets de l'Aubisque, du Tourmalet, de l'Aspin et de Peyressourde. A Luchon, il franchit la ligne en solitaire, devançant son compatriote Philippe Thys de 2'31". Lors de la 7ème étape Luchon-Perpignan (323 km), il se présente en tête aux sommets du Portet d'Aspet et Puymorens. Il termine 4ème à Perpignan dans le même temps que le vainqueur, son compatriote Jean Rossius. Le maillot jaune est porté par Philippe Thys. Firmin occupe la 3ème place à 1h20' du leader. 4ème des neuvième et dixième étapes, 2ème de la onzième étape entre Grenoble et Gex remportée par Léon Scieur, après être passé en tête du somme du Galibier et d'Aravis, 3ème de la douzième étape, 9ème de la treizième étape, 8ème de la quatorzième et 9ème de la dernière étape, Firmin monte sur la troisième marche du podium final à 1h39'35" du vainqueur, devancé par ses compatriotes Hector Heusghem, deuxième et Philippe Thys, vainqueur final. Au cours de cette saison, Firmin participe à la Doyenne où il se classe à la 5ème place et prend part à Paris-Bruxelles qu'il termine en 8ème position.

En 1921, Firmin, inscrit dans la catégorie des coureurs de première classe, porteur du dossard 4, est au rendez-vous à Paris, le 26 juin, pour participer pour la 7ème fois à la Grande Boucle. Cette quinzième édition est marquée par la suprématie de Léon Scieur qui remporte la 3ème étape Cherbourg-Brest et qui s'empare de la tunique jaune. Il parvient à conserver le maillot jaune jusqu'à Paris. Firmin remporte en solitaire la victoire d'étape à Nice, terme de la 9ème étape (272 km). Il s'était classé 2ème des quatrième et huitième étapes. A Paris, il termine à la 8ème place à 8h26'25" de son compatriote et ami, Léon Scieur, jurant que l'année suivante il gagnerait le Tour.
Florennes devenait le seul village au Monde à avoir enfanté deux vainqueurs du Tour de France.

C'est avec un moral gonflé à bloc que Firmin, décidé à remporter la victoire finale, se présente au départ du Tour de France en 1922. Porteur du dossard 13 –est-ce déjà un présage- dans la catégorie des premières classes, Firmin prend le départ à Paris avec 119 autres as de la route. Cette édition connaît tellement de rebondissements qu'elle va épuiser 4 vainqueurs potentiels, les Français Robert Jacquinot, Eugène Christophe et Jean Alavoine et le Belge Hector Heusghem, avant de trouver in-extrémis son maître en la personne de Firmin Lambot qui voit sa régularité et sa chance récompensées. Car de la chance, Firmin en aura, le champion d'Alphonse Baugé, dont l'équipe Peugeot fait joujou avec l'épreuve, gagnant douze étapes sur quinze et réussissant le doublé final avec Firmin Lambot et Jean Alavoine. Oui, Firmin sera veinard car bien que n'ayant pas remporté de victoire d'étape, le titulaire du dossard 13 dépossède du maillot jaune, son compatriote, le Ransartois Hector Heusghem à l'issue de la... treizième étape. Remémorons-nous cette fameuse treizième étape entre Strasbourg et Metz (300 km) : Lorsqu'il s'endort, fourbu mais heureux, dans sa chambre d'hôtel à Strasbourg, au terme de la 12ème étape, Hector Heusghem est persuadé qu'il va enfin ramener le maillot jaune à Ransart comme Firmin Lambot et Léon Scieur l'avaient fait à Florennes. Que peut-il lui arriver ? Lui qui est maillot jaune depuis 24 heures. Mais qui, dans la journée entre Strasbourg et Metz, ne peut éviter un chien errant, alors qu'il s'abrite dans la roue d'Emile Masson père. Avec l'accord d'un des trois commissaires du Tour, il enfourche le vélo d'un instituteur luxembourgeois qui s'en retournait chez lui. Le Grand Ducal monte, avec le vélo inutilisable, dans la voiture du directeur sportif d'Heusghem tandis qu'Hector file à la poursuite de ses adversaires. Il les rejoint en vue du but et termine au sein du groupe de tête. L'étape est remportée par l'Italien Fédérico Gay. L'affaire est dans le sac. A Ransart et dans la région de Charleroi, c'est certain, on va fêter dignement l'événement. Or, on ne va rien célébrer du tout au Pays Noir, mais bien à Florennes, où pour la 3ème fois en 4 ans, le vainqueur de la Grande Boucle retournera quelques jours plus tard en triomphateur. Car Hector Heusghem a été victime d'une sordide machination à laquelle, il faut le mentionner, Firmin Lambot est étranger. Sur l'insistance, plus que fort probable des accompagnateurs du français Jean Alavoine, sur celle, sans doute, des représentants de la presse hexagonale, ainsi que sur celle peut-être des organisateurs, deux autres commissaires, contre l'avis de leur collègue qui a autorisé le Hennuyer à changer de vélo, décident de pénaliser Hector Heusghem d'une heure (article 45 du règlement). Les réparations apportées un peu trop hâtivement au vélo ne prouvent plus que celui-ci était hors d'usage. Le grand Hector ne peut que pleurer ses illusions perdues. Il finit à Paris à 44 minutes du vainqueur, Firmin Lambot. Il est alors âgé de 36 ans et donc le coureur le plus âgé à avoir jamais remporté le Tour de France.
Firmin a malgré tout mérité son succès bien qu'il n'ait pas remporté d'étape.

Une fois de plus, à l'image de ce qu'il a fait jusqu'alors, au cours des huit Tours qu'il a disputé et terminé, Firmin a fait preuve de régularité exemplaire. Sans fracas, sans coup d'éclat, l'As de Florennes a construit son succès, avec sa persévérance, avec son courage, avec ses qualités physiques qui sont immenses. En effet, Firmin d'une taille légèrement au-dessus de la moyenne, 1,72 mètres, bien posé sur sa machine, pédale dans un style économique qui ne manque pas d'élégance. Il a un visage anguleux, avec une lueur de malice discrète dans ses yeux noirs. Son égalité d'humeur fait le bonheur de son soigneur, Panosetti, dans l'équipe Peugeot. Jamais une revendication, jamais un mot plus haut que l'autre. Il faut reconnaître aussi son intelligence et son expérience de la course au maillot jaune.

Firmin est pratique et prévoyant. Ainsi, a-t-il toujours sur lui, comme déjà mentionné, quand il traverse la France en juillet, une grosse somme d'argent, laquelle est susceptible de lui permettre d'acheter un nouveau vélo si d'aventure le sein venait à être inutilisable. Ce qui n'arrive jamais ou presque, car Firmin ne tombe pas. Très rarement en tout cas.

Il n'est pas, par exemple, à l'image de Jean Alavoine sur ce Tour 1922, victime de plusieurs cabrioles, de 46 crevaisons et 15 sauts de chaîne ! Il ne brise pas sa fourche pour la 3ème fois dans le Tour, lui, comme Eugène Christophe le fait dans les Alpes. Enfin, Firmin sait aussi, quand il le faut se "faire pêter le cœur" comme il le dit. Laissons Firmin nous livrer ses commentaires sur sa deuxième victoire finale :
"Je suis content et je ne le suis pas ! Je suis content, parce que j'estime qu'à 36 ans, bien peu de gens feraient ce que j'ai fait. Car, somme toute, j'ai prouvé que les vieux étaient toujours là et, à cet égard, je suis un gaillard dans le genre de ce brave Christophe que j'aime tant pour ses belles qualités de courage et d'énergie. Mais je ne le suis pas parce que ma victoire n'est pas complète. Je me suis dit et redit que je n'avais plus rien à faire contre des Jacquinot, Bellenger et compagnie qui sont comme des petits enfants et vifs comme des furets. Je n'ai pas pensé un instant qu'ils pouvaient abandonner aux vieux une course qui demande une persévérance qu'ils n'ont pas encore. Et c'est pour cette raison que je me suis tout d'abord contenté de suivre. C'est seulement à partir de Perpignan que j'ai vu clair. Mais Alavoine était terrible. Cependant, dans Briançon-Genève, avec un peu plus de chance, j'aurais pu ravir au brave Jean sa première place. Je n'y étais pas du tout, je vous assure. Il a fallu l'incident Heusghem pour me faire comprendre que, je pouvais triompher uniquement avec mes jambes. Cela ne fait rien, j'aurais ma revanche, je ne serais plus aussi naïf. J'avais décidé que c'était le dernier Tour de France que je courais. Mais vous me reverrez en ligne en 1923 et même après. Voyez-vous, quand on a tâté de votre grande épreuve, on ne peut plus l'abandonner". Cette même année, il termine, avec Tiberghien, 3ème de Paris-Lyon.

En 1923, à Paris, on retrouve donc Firmin, dossard 1, au départ de la 17ème édition du Tour de France, impatient de confirmer sa victoire de l'année précédente. "J'étais persuadé que j'aurais dû gagner, une troisième fois, le Tour de 1923. J'étais en grand forme", confiait-il à Emile Besson qui évoqua ses souvenirs dans "Cent ans de Cyclisme".
"Mais, j'ai brisé une manivelle au cours de la 6ème étape Bayonne-Luchon, à 15 km du départ, vers deux heures du matin et j'ai dû rejoindre Bayonne en pédalant d'une jambe pour effectuer la réparation nécessaire, ce qui m'a fait perdre trois heures. A l'arrivée, j'ai constaté que j'avais roulé pratiquement aussi vite que le vainqueur, Jean Alavoine". Firmin abandonne, toutefois, lors de l'étape suivante.

L'édition de 1923 est enlevée par le Français Henri Pélissier, mettant fin aux victoires de nos compatriotes. La 18ème édition du Tour de France 1924 n'est pas plus heureuse que la précédente pour Firmin. Porteur du dossard 17, Firmin est contraint à l'abandon lors de la 8ème étape entre Perpignan et Toulon. C'est ainsi que Firmin fait ses adieux à la Grande Boucle, après 10 participations, ne retrouvant plus son coup de pédale autoritaire. L'Italien Ottavio Bottecchia enlève la victoire finale, après avoir porté le maillot jaune de bout en bout de l'épreuve.

Firmin, qui avait quitté Florennes en 1909 pour Marcinelle, s'établit à Anvers après avoir épousé en 1915, Maria Vander Anwera, une Anversoise. Il ouvre une sellerie, revenant ainsi à son premier métier. A la fin de la deuxième guerre mondiale, en 1944, lors des bombardements d'Anvers, la famille Lambot est accueillie chez les Scieur et l'une des petites filles de Firmin Lambot fréquente l'école communale de Florennes, elle y apprend à lire et à écrire.

On n'insistera jamais assez sur l'indéfectible amitié qui liait Firmin à Léon Scieur. Après la 1ère guerre, la firme française "Peugeot" pour laquelle courait Firmin, lui avait versé les arriérés de plusieurs années d'inactivité forcée, "son salaire" disait-il, ce qui démontre que ces As de la route étaient déjà traités comme des professionnels. Ce solide ballon d'oxygène permit à Firmin de lancer, à Anvers, un magasin de cycles qui devint rapidement florissant. Il fonda sa propre fabrique de cycles "Firmin Lambot". Ces vélos étaient très appréciés à Anvers. Sa petite fille se souvient que toute la famille utilisait ces bicyclettes pour effectuer de longues promenades à la campagne. On l'appelle dans son entourage "Le Wallon Anversois" tandis que les Florennois le connaissent sous le nom de "Firmin Déjo". Quant à Léon Scieur, il était connu sous le nom de "Léon Papau". Au début des années cinquante, à plus de 60 ans, Firmin a tenu à "refaire" à deux reprises le Tour de France, en tandem avec son épouse Maria. Il meurt le 19 janvier 1964 à Borgerhout, quartier d'Anvers. En septembre 1988, le premier mémorial Firmin Lambot –Léon Scieur est organisé pour commémorer le centenaire de la naissance des ses deux champions, grâce à la collaboration étroite entre les autorités communales de Florennes, le club cycliste présidé par Auguste Van Boven et l'association des commerçants.

Laissons le dernier mot à Jacques François, historien local :
"Deux enfants de Florennes, Vainqueurs du Tour de France"
"Ce n'est pas sans un brin de fierté que tout Florennois, digne de ce nom, aime rappeler à l'occasion, les exploits réalisés par deux enfants de la Cité des "Bergeots" déjà riche cependant en gloires passées. Il s'agit bien évidemment, vous l'aurez deviné, de Firmin Lambot et de Léon Scieur.
Jadis, sur le trajet qu'empruntait le Tour, parmi leurs encouragements qui fusaient de toutes parts, il n'était pas rare d'entendre crier en wallon : "Allè Déjo ! Allè Papau !" Alors, reconnaissant les leurs, ceux-ci n'hésitaient pas à descendre de bécane pour s'accorder quelque répit, serrer des mains et s'informer des nouvelles du pays. L'administration communale de Florennes a voulu réunir dans un même hommage ces deux figures héroïques de la localité. A cet effet, le 18 septembre 1988, au cours d'une journée mémorable, diverses manifestations ont eu lieu, séance académique, pose de plaques commémoratives sur les façades des maisons où ils étaient nés ou avaient vécu, inauguration d'une allée Firmin Lambot et Léon Scieur, donnant accès au Centre Culturel et Sportif Dr Paul Rolin et visite de recueillement, au cimetière, sur la tombe de Léon Scieur, tout cela en présence des membres des familles et de très nombreux sympathisants
".

Chapeau bas Monsieur Firmin Lambot pour vos performances réalisées sur les routes de l'Hexagone et notamment vos deux victoires sur la Grande Boucle.

Michel Noël avec l'aide des archives de Jony Van Boven de Florennes

1908
1er à Velaine-sur-Sambre
1er à Mazy
1er à Genappe
1er à Fosses
1er à Andenne
2ème du Championnat des Flandres
2ème de Charleroi-Beaumont-Charleroi

1909
4ème du Championnat de Belgique

1910
9ème du Tour de Belgique

1911
8ème du Championnat de Belgique
11ème du Tour de France
- 6ème de la 4ème étape
- 6ème de la 9ème étape
- 7ème de la 10ème étape
- 7ème de la 14ème étape
- 10ème de la 5ème étape
23ème de Paris-Brest-Paris

1912
5ème du Championnat de Belgique
8ème du Tour de Belgique
- 4ème de la 7ème étape
- 8ème de la 2ème étape
- 10ème de la 3ème étape
18ème du Tour de France
- 3ème de la 7ème étape
- 9ème de la 2ème étape
- 9ème de la 4ème étape
- 10ème de la 5ème étape
19ème de Paris-Tours

1913
4ème du Tour de France
- 1er de la 9ème étape
- 3ème de la 12ème étape
- 4ème de la 5ème étape
- 4ème de la 6ème étape
- 5ème de la 10ème étape
- 7ème de la 11ème étape
- 7ème de la 15ème étape
- 9ème de la 4ème étape
- 9ème de la 7ème étape
- 9ème de la 14ème étape
- 10ème de la 13ème étape
20ème de Paris-Roubaix

1914
8ème du Tour de France
- 1er de la 6ème étape
- 3ème de la 10ème étape
- 7ème de la 12ème étape
- 10ème de la 11ème étape
13ème de Paris-Menin

1919
Vainqueur du Tour de France
- 1er de la 14ème étape
- 2ème de la 6ème étape
- 3ème de la 7ème étape
- 3ème de la 10ème étape
- 4ème de la 8ème étape
- 4ème de la 12ème étape
- 6ème de la 9ème étape
- 6ème de la 11ème étape
- 6ème de la 13ème étape
- 7ème de la 4ème étape
- 7ème de la 15ème étape
- 8ème de la 2ème étape
- 10ème de la 1ère étape
- 10ème de la 5ème étape
13ème de Paris-Bruxelles

1920
3ème du Tour de France
- 1er de la 5ème étape
- 1er de la 6ème étape
- 2ème de la 11ème étape
- 3ème de la 12ème étape
- 4ème de la 7ème étape
- 4ème de la 9ème étape
- 4ème de la 10ème étape
- 6ème de la 8ème étape
- 8ème de la 14ème étape
- 9ème de la 13ème étape
- 9ème de la 15ème étape
5ème de Liège-Bastogne-Liège
8ème de Paris-Bruxelles

1921
9ème du Tour de France
- 1er de la 9ème étape
- 2ème de la 4ème étape
- 2ème de la 8ème étape
- 6ème de la 5ème étape
- 6ème de la 6ème étape
- 7ème de la 7ème étape
19ème de Liège-Bastogne-Liège
Abandon à Paris-Brest-Paris

1922
Vainqueur du Tour de France
- 3ème de la 6ème étape
- 3ème de la 7ème étape
- 4ème de la 9ème étape
- 5ème de la 5ème étape
- 5ème de la 11ème étape
- 6ème de la 8ème étape
- 6ème de la 14ème étape
- 7ème de la 4ème étape
- 7ème de la 10ème étape
- 10ème de la 3ème étape
3ème de Paris-Lyon (G.P Sporting) avec Hector Tiberghien
3ème du Giro della Provincia Milano avec Léon Scieur
- 2ème de l'australienne
- 4ème de l'épreuve sur route
- 4ème du tour de piste
Abandon au G.P Wolber

1923
Abandon au G.P Wolber
Abandon au Tour de France (7ème étape)
- 7ème de la 4ème étape
- 8ème de la 2ème étape

1924
Non-partant au G.P Wolber
Abandon au Tour de France (8ème étape)


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Fichier mis à jour le : 19/01/2018 à 10:19

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