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Palmarès d'Emile Masson père (Bel)20 octobre 2018  

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© Jean-Marie Letailleur

Emile MASSON père
né le 16 octobre 1888 à Morialmé (Namur)
décédé le 25 octobre 1973, à Bierset (Liège)

Troisième d'une famille de quatre enfants, Emile Masson naquit le 16 octobre 1888 à Morialmé (entité de Florennes d'où sont natifs deux autres grands champions cyclistes : Firmin Lambot et Léon Scieur). Le manque de travail dans les verreries et les mines de fer décidèrent les parents d'Emile Masson à émigrer vers les hauteurs de Sainte-Walburge (Liège). Le papa se spécialisa dans l'extraction du phosphate par quelques 25 mètres de fond, travail épuisant, exigeant, rude, auquel il initia son fils. Emile, pour gagner sa vie dut donc accepter le très lourd métier de puisatier. Ensuite, il accéda à une profession encore plus pénible mais plus rémunératrice : il devint mineur de fond. A ce moment là, Emile était amoureux. Pour poursuivre ses projets sentimentaux, il dut donner quelqu'argent à son frère, lequel le remplaça parfois dans le travail de nuit et libéra quelques dimanches du fiancé. Fifine, c'est-à-dire, la future Madame Masson fut parfaitement consciente qu'elle avait en son fiancé, un homme exceptionnellement volontaire. Elle lui voua un amour sans limites.
Emile dut attendre sa 22ème année pour réaliser au grand jour le rêve qu'il avait patiemment nourri dans l'obscurité de sa jeune carrière de mineur. C'est ainsi qu'à la mi-septembre de l'année 1910, Emile Masson fit la déclaration suivante à celle qui, deux mois plus tard, allait devenir son épouse : "Dimanche, je participerai à ma première course cycliste !". L'engouement du fiancé n'obtint pour écho : "Ainsi, tu seras absent tous les dimanches. Je ne pourrai plus aller danser. Je souhaite que tous tes boyaux se déchirent !".
Un souhait qui ne devait pas tarder à se réaliser. Lors de sa première course, Emile fut victime de deux crevaisons, ce qui le contraignit à regagner sa demeure aussi pédestrement que modestement. Le dimanche suivant faillit être celui de la revanche sur le sort à un regard près. Partant de Hermée, cette épreuve se terminait dans un peu glorieux vélodrome : une prairie. Il s'agissait d'en faire trois tours. Or, pénétrant le premier sur le pré, Emile aperçut son frère aîné, spectateur émerveillé par les brillants débuts cyclistes de son cadet. Emile était tellement heureux qu'il oublia de virer, percuta les spectateurs et termina finalement à la 2ème place. Bilan financier de l'opération : un gain de 22,50 F qui furent investis dans l'achat d'une armoire. Cette dernière, complétée par un lit, une poêle, une table et deux chaises constitua toute la richesse matérielle du ménage Masson, dont la noce fut joyeusement célébrée en cet hiver 1910.

La toute jeune Madame Masson fit preuve d'un dévouement conjugal peu commun. C'est elle qui thésaurisa sagement les gains de son époux et s'occupa de tous les problèmes d'ordonnance. Nombre de suiveurs restèrent bouche bée devant pareille abnégation de cette jeune femme qui contribua très largement à la réussite sportive et sociale de son champion de mari. Elle voyageait en train, se nourrissait d'un sandwich ou d'un morceau de tarte pour s'offrir un repas, le soir, en compagnie de son époux. Elle tenait à la fois les rôles de conseillère, de soigneur, de masseur et de mécanicien. Elle tenait à fignoler le vélo d'Emile avant le départ. Elle lavait son linge de corps. Fifine et Emile ont souffert ensemble. Ensemble, ils se sont battus contre le sort. Ensemble, ils ont triomphé.

En 1911, toujours dans la catégorie des débutants, il décrocha 19 victoires parmi lesquelles les plus marquantes : Liège-Spa-Liège, Seraing-Marche en Famenne-Seraing. A l'issue de la saison, outre ses gains partiels, il perçut une prime spéciale de nonante francs. Une véritable fortune à cette époque ! C'est cette année-là qu'Emile décida de faire ses adieux à la mine. Ne manquant pas d'humour, il choisit la veille de l'Ascension pour annoncer : "Si je me classe honorablement demain, je ne descendrai plus jamais dans la mine". Le lendemain, à Soumagne, il se classa deuxième et dès cet instant, il tourna définitivement le dos à cette vie de dur labeur.

En 1912, Emile passa indépendant. Il termina en 6ème position le G.P du Printemps à Bruxelles. Il se classa 2ème du G.P d'Ixelles. C'est à cette occasion qu'il fit la connaissance de celui qui allait devenir l'un de ses meilleurs amis, lui aussi natif de l'entité de Florennes, Léon Scieur. Emile évoquait fréquemment cette première rencontre. Ecoutons-le : "J'avais mangé du lion. Je me sentais très fort. A deux reprises, j'avais lâché tous mes rivaux... Mais, à chaque fois, une crevaison ruina mon entreprise. Je repartis une troisième fois pour être trahi, une fois encore, par un boyau défaillant. A ce moment, Léon Scieur passa. Il me jeta un boyau. Emu par un si beau geste, je plaçai rapidement le boyau sur la jante. Je voulais le gonfler et m'aperçus qu'il était également... crevé. Comme il ne me restait plus que quelques bornes à parcourir, je les parcourus sur la jante. Scieur avait-il agit en toute innocence ou m'avait-il joué un mauvais tour ? Je ne le sus jamais et dû me contenter d'une seconde place". Il participa également à Liège-Spa. Peu au fait des problèmes de mécanique, Emile croyait qu'une direction bien bloquée était un facteur essentiel de sécurité. Principe malheureux qui lui valut plus d'une fois de participer aux plus incroyables cabrioles.

C'est ainsi qu'il se présenta au départ du Tour de Belgique de 1912 avec une jambe blessée de la cheville au sommet de la cuisse. Peu de temps après le départ de ce Tour de Belgique, il était à nouveau mêlé à une chute. Il reprit néanmoins la route mais il se rendit compte qu'il avait perdu sa casquette toute neuve. Un kilomètre plus loin, sa décision fut immédiate : il rebroussa chemin, récupéra son précieux couvre-chef et termina néanmoins en 6ème position à Liège, terme de la première étape. Le lendemain, à Spa, il demeurait toujours parmi les candidats les mieux classés. Il exigea de son équipe "DE DION-BOUTON" que sa femme puisse lui servir de soigneur. Une faveur aussitôt accordée par le patron de la firme. Emile enleva l'étape conduisant les coureurs de La Louvière à Ostende. Le lendemain, il faillit obtenir un nouveau succès partiel. A une quinzaine de kilomètres de l'arrivée, Emile était en tête avec Mechant et Fernand Sellier, autre cycliste Namurois. La victoire se joua entre ces trois hommes. Seul Mechant avait été mis au courant, par le soigneur, des dispositions d'arrivée qui était jugée dans un vélodrome, au milieu de la pelouse. Ce fut donc Mechant qui enleva la victoire. Au classement général final de ce Tour de Belgique, Emile termina en 3ème position.

Grâce à ce brillant résultat, il put décrocher son premier contrat professionnel, lui assurant un revenu mensuel de 100 francs. Or, à l'époque, les époux Masson devaient payer un loyer annuel de 95 F. Des chiffres, pour l'époque, qui laissent rêveur... Emile devait être le premier coureur professionnel absolument incapable de lâcher le guidon des deux mains. A chaque tentative de ce genre, il se retrouvait au sol. Ce qui permet de mieux situer le suspense qui présidait à chaque ravitaillement en course. Deux saisons suffirent à Emile pour inscrire son nom parmi l'élite du cyclisme. Débutant en 1910, il parvint au sommet de la hiérarchie en 1913.

En 1913, voilà donc Emile chez les pros. Lors de sa première saison, Emile ne fut pas sélectionné pour le Tour de Belgique. Heureusement, grâce à l'appui financier des cycles ALCYON, il put s'inscrire dans la catégorie des "isolés". Durant les trois premières étapes, il termina parmi le groupe de tête. Puis vint l'étape Erquelinnes-Namur, longue de 350 km. Alors qu'il restait 225 km à parcourir, Emile se trouvait en tête, en compagnie de Coomans et Paul. Il faisait très froid et il pleuvait. Coomans se plaignait des circonstances atmosphériques. A la sortie de Dinant, Emile prit la tête du groupe, s'adjugea un avantage de quelques centaines de mètres. La cassure était faite. A Neufchâteau, il possédait 8 minutes d'avance sur les poursuivants. Il décida de consacrer 6 minutes à prendre un bain dans une bassine d'eau chaude ! Heureusement pour lui, ses rivaux devaient l'imiter si bien qu'à Namur, il remporta la victoire avec 26" d'avance sur le 2ème. Emile termina ce Tour de Belgique, en 2ème position, derrière Dieudonné Gauthy.

Il s'illustra encore dans les grandes courses : Paris-Roubaix, Bordeaux-Paris. Pour sa première année chez les professionnels, Emile prit part au Tour de France. A l'époque, les coureurs devaient parcourir des étapes de près de 500 km et si l'organisateur, Henri Desgrange, constatait un manque de combativité de la part des coureurs, il obligeait ces derniers à parcourir l'étape suivante sur des vélos munis de pignons fixes. Lors de cette édition de 1913, Emile faisait partie de l'équipe ALCYON. Il devait abandonner lors de la 4ème étape Brest-La Rochelle (470 km). Mais laissons Emile nous narrer sa course : "Le Tour de France ! Voilà le grand mot lâché. Voilà le "sommet" que tout coureur voudrait voir figurer à son tableau de chasse". Le Tour de France ! Voilà l'épreuve dont le "père Masson" ne peut évoquer le souvenir sans pousser un profond soupir... De tous temps, n'a-t-il pas affirmé : "Je ne comprends pas comment il se fait que je n'ai jamais gagné cette course. Ma première participation remonte à 1913. Ludovic Feuillet m'avait conseillé d'acheter quinze culottes. Une pour chacune des étapes. Malheureusement, j'étais pauvre et ignorant des choses du cyclisme. Cela étant, je fis l'acquisition de quinze "cuissards" genre culotte de bain. Comme le fond n'était pas garni d'une peau de chamois, je fus rapidement blessé à la selle. Lors de la 4ème étape, il m'était impossible de rester assis. Ce fut l'abandon, à Nantes, au cours d'une étape Brest-La Rochelle qui comportait la bagatelle de 470 km à couvrir en pignon fixe ! Une punition que nous avait infligée Henri Desgrange, le "père" du Tour parce que la veille nous avions terminé en peloton. C'était le règlement. Chaque fois que le premier commando comportait plus de huit coureurs, le "patron" estimait que nous avions manqué de combativité. Comme sanctions, nous ne touchions que la moitié des prix et, le lendemain, l'étape était courue en pignon fixe. Ce n'était pas de la petite bière. Je vous prie de le croire. Toutefois, comme il fallait s'y attendre, les "acteurs" trouvèrent la réplique. En voici un exemple. Le jour où le groupe de tête était composé de dix concurrents, ils s'entendaient pour partager les prix et deux d'entre eux étaient "victimes" d'une crevaison à quelques kilomètres de l'arrivée. A malin, malin et demi !".

La première guerre mondiale vint interrompre la carrière d'Emile qui s'annonçait prometteuse. Après les hostilités, Emile reprit la compétition au haut niveau. En 1919, il remporta le Tour de Belgique. Il prit à nouveau part à la Grande Boucle. Inscrit dans la catégorie A, il devait renoncer lors de la 8ème étape : Perpignan-Marseille (370 km). Laissons-le nous raconter ses exploits : "Handicapé par une lourde chute au championnat de Belgique, chute qui me tint éloigné des compétitions durant de longues semaines, je ne fus pas sélectionné en 1914. Par  contre, cinq ans plus tard, en 1919, j'étais à nouveau au départ. Avec un moral de tonnerre de Brest. Je venais de m'adjuger le Tour de Belgique haut la main. On allait voir ce qu'on allait voir ! A Bayonne, je partageais le leadership avec Eugène Christophe. C'était bien parti. Hélas, dans l'étape Bayonne-Luchon, alors que nous roulions la nuit, je fis une chute. Malgré cela, je pris la 8ème place de la grande étape pyrénéenne. A Luchon, le médecin qui me soigna brûla la plaie que j'avais au genou au nitrate d'argent sans remarquer le bout de silex qu'elle renfermait. Le lendemain, malgré la souffrance, je pris la 5ème place à Perpignan, mais celle-ci me fit rétrograder au quatrième rang du classement général, dans le sillage d'Eugène Christophe, Firmin Lambot et Jean Alavoine. Comme Léon Scieur, classé 5ème, accusait un retard de plus de deux heures, nous signâmes un contrat à quatre pour le partage des gains. Des gains dont je ne vis jamais la couleur. Et pour cause, dans Perpignan-Marseille, il ne m'était plus possible de plier le genou. Je fus contraint à l'abandon. Malgré cela, je garde un bon souvenir de ce Tour. Celui d'avoir été l'un des auteurs de l'abandon des frères Pélissier. Après avoir terminé second au Havre, battu au sprint par Jean Rossius, Henri avait gagné à Cherbourg avant de se classer second à Brest dans le sillage de Francis. Cette réussite leur monta à la tête. Ils déclarèrent : "Les Belges sont des chevaux de labour. Que voulez-vous qu'ils fassent contre les "pur-sang" que nous sommes ?". Ils allaient l'apprendre le lendemain en direction des Sables d'Olonne. Henri commit l'imprudence de mettre pied à terre pour enlever son imperméable. Aussitôt Firmin Lambot sonna le branle-bas de combat. Avec Jacques Coomans, Jean Rossius, Léon Scieur, Firmin Lambot et Jean Alavoine qui prit notre parti, nous nous retrouvâmes en front de bandière pour mener à fond de train. Se rendant compte du danger que courait son frère, Francis aurait voulu lui prêter main forte. Comme il savait que le règlement lui interdisait de l'attendre, il se mit à passer sur tous les silex qui se présentèrent sur la route. Il espérait que cette manœuvre engendrerait la crevaison "salvatrice". Celle-ci ne survint pas. Henri nous revit aux douches où, en pleurant, il décida d'abandonner. Francis le suivit dans sa retraite. Les "chevaux de labour" avaient pris leur revanche !".

En 1920, Emile termina 5ème du Tour de France, à 2h56'52" du vainqueur, sa meilleure prestation. Il avait pour adversaire Firmin Lambot et Léon Scieur, d'autres grands cyclistes Florennois ainsi que les célèbres frères Pélissier. Cette édition fut remportée par notre compatriote, Philippe Thys. Encore une fois, la parole est à Emile : "En 1920, il y eut encore un incident. Cette fois, plus personnel puisqu'il m'opposa uniquement à Henri Pélissier. C'était à Brest. Le peloton de tête groupait une vingtaine d'hommes. Comme la piste était dangereuse à cause de la pluie, il fut décidé d'effectuer une course par élimination pour établir le classement. Je pris le commandement et, en entamant les deux derniers tours, il n'y avait plus que Christophe et Henri Pélissier dans mon sillage. A la sortie du dernier virage, Christophe était à la hauteur de mon pédalier. Pélissier, à la corde, était enfermé. Il me cria : "Plus vite, Masson". J'aurais dû faire la sourde oreille afin de l'éliminer puisqu'il était intrinsèquement le plus rapide, mais qu'il avait commis l'erreur de se laisser mettre en "boite". Sans réfléchir, je fis ce qu'il me demandait. Christophe décolla et fut "sorti". La victoire se joua donc entre Pélissier et moi. En abordant la dernière ligne droite, il était toujours dans ma roue et, sentant qu'il n'était pas capable de me déborder à la force du jarret, il lança sur un ton de détresse, un ton susceptible de me faire supposer que j'étais en danger : "Masson, Masson, ta roue !" Je fis roue libre pour inspecter ma roue arrière et je fus battu e quelques centimètres. Sitôt la ligne franchie, avant que j'aie pu placer un mot, il me soufflait dans le creux de l'oreille : "Ne dis rien, je te donnerai le premier prix". Il s'agissait d'une somme de 300 Francs. Je l'ai récupérée en 1923, quand, au lendemain du G.P Wolber, nous dûment régler nos comptes. Sans cela... Je n'ai donc pas gagné à Brest. Finalement, j'ai pris la 5ème place du classement général. Sans remporter une seule étape. Alors qu'à 9 reprises, je fus crédité du même temps que le vainqueur. En vérité, je méritais mieux que cette 5ème place. Lors de la neuvième étape, Aix-en-Provence-Nice, je commis une erreur de parcours qui me coûta cher. Stoppé par une crevaison la nuit, je repris la route suivi d'une voiture officielle restée auprès de moi pour me guider dans le faisceau de ses phares. A un carrefour, je fus embarqué sur un mauvais itinéraire. Au petit matin, j'atteignis Toulon. En éclaireur. Aucun coureur n'était encore passé en cette ville. Se rendant compte de leur erreur, les officiels m'arrêtèrent pour me déclarer : "Mon pauvre Masson, tu t'es trompé de chemin. Il fallait passer par La Ciotat et tu ne l'as pas fait". Cela dit, ils remontèrent en voiture et me "plantèrent" sur le bord de la route. Si c'était à refaire, j'attendrais le passage du peloton. Je ne vois pas, en effet, quelle sanction ils auraient pu prendre contre moi puisque l'erreur leur incombait. Au lieu de cela, je fis demi-tour pour effectuer la boucle par La Ciotat. L'étape comportait 356 kilomètres, j'en parcouru une bonne centaine en supplément de programme. En me voyant passer, les gens criaient : "En voilà encore un !" Pourtant, à l'arrivée, je n'avais qu'une heure et demis de retard –1h38' exactement- sur Philippe Thys, vainqueur de l'étape. Pour que la note ne soit pas trop lourde, les officiels me défalquèrent une heure de mon temps total. Une heure pour cent kilomètres. Autant dire que j'étais payé en monnaie de singe. Je m'en rendis compte le lendemain et le surlendemain. N'ayant pas récupéré, je fus lâché et pris successivement 25 et 31 minutes dans la vue. Au Parc des Princes, Philippe Thys, Hector Heusghem et Léon Scieur me précédaient. Louis Heusghem et Jean Rossius, classés 6ème et 7ème, complétaient le triomphe de nos couleurs puisque 7 coureurs belges terminaient aux sept premières places".

L'année 1921 est une année "sans". C'est ainsi que le "père" Masson abandonna lors de la 1ère étape de la Grande Boucle, Paris-Le Havre (388 km), inscrit dans la catégorie des coureurs de 1ère classe. L'édition de 1921 fut enlevée par Léon Scieur. Comme l'explique Emile : "En 1921, je n'atteignis pas Le Havre, terme de la première étape. Peu avant Fécamp, je fus stoppé par une crise aiguë de coliques néphrétiques. La douleur me faisait tordre de douleur. Ayant pitié de moi, un grand invalide de guerre me donna cinq francs".

En 1922, Emile, inscrit dans la catégorie des coureurs de 1ère classe, termina le Tour de France à la 12ème place à 4h00'21" du vainqueur, Firmin Lambot. Lors de cette édition, Emile remporta deux étapes : la 11ème étape, Briançon-Genève (260 km). Il passa en tête au sommet du Galibier (2556 m), au sommet du Télégraphe (1566 m) et au sommet des Aravis (1498 m), pour remporter la victoire à Genève en 10h49'14". Le lendemain, il enleva la 12ème étape qui reliait Genève à Strasbourg (371 km). Il remporta la victoire après 15h15'43" de selle. Laissons Emile nous livrer ses commentaires : "L'année suivante, j'ai remporté deux étapes, Briançon-Genève et Genève-Strasbourg. En quittant Briançon, je fus le seul coureur à ne pas mettre pied à terre dans l'ascension du Galibier. Un périodique sportif de l'époque consacra sa première page en titrant : "Emile Masson, le secret du Gabilier". Avant d'atteindre Genève, je fus rejoint par Hector Tiberghien. Il était plus rapide et aurait certainement remporté la victoire si celle-ci s'était disputée au sprint. Heureusement pour moi, il pleuvait sur Genève. La piste était impraticable. Les officiels décidèrent de nous faire disputer un tour de piste contre la montre. Il me fut favorable. Le lendemain, à Strasbourg, je battis Mulder au sprint. L'étape de Dunkerque était aussi à ma portée. J'étais au commandement avec le Tongrois Victor Lenaerts quand je fus stoppé par un bris de fourche. Je dus me contenter de la 17ème place à 50 minutes de Félix Sellier. Ce retard n'était pourtant qu'une paille en comparaison de celui que j'avais encaissé à l'issue de Bayonne-Luchon : 3 heures et 16 minutes ! Pourtant, ce jour-là, je marchais. Dès les premières rampes de l'Aubisque, j'avais lâché tout le monde. Je ne me doutais pas qu'il allait faire chaud et j'avais enfilé une grosse chemine en flanelle sous mon maillot. Après quelques kilomètres, j'étais asphyxié. J'étais comme un poisson qu'on a jeté sur le sable. Je me réjouissais d'être rejoint pour mettre pied à terre. Trois crevaisons dans la descente me donnèrent Philippe Thys comme compagnon de route. Il affirmait être handicapé par un empoisonnement. Nous décidâmes de déjeuner dans l'un des restaurants de Bagnères-de-Bigorre. Ainsi dit, ainsi fait. Comme nous sortions de l'établissement, les frères Pélissier, Jacquinot et Bellenger arrivèrent pour se restaurer. Qu'à cela ne tienne, nous les attendîmes et, après qu'ils eurent pris leur repas, nous partîmes de concert jusqu'à Sainte-Marie-de-Campan où ils décidèrent d'abandonner. Philippe et moi prîmes la résolution de continuer. Tant bien que mal. Dans l'ascension de Peyresourde, un berger nous conseilla de prendre un raccourci. Un chemin de chèvres qui grimpait à flanc de montagne. Nous l'empruntâmes en tirant nos bicyclettes. Les pierres roulaient sous nos pieds, les taons nous piquaient les jambes. Nous n'avancions pas. Finalement, au lieu de gagner du temps, nous en perdîmes. Le résultat : il y avait plus de 3 heures que Jean Alavoine était arrivé quand nous fîmes notre entrée à Luchon. C'était le bon temps. Les délais d'élimination n'existaient pas. Il est vrai que, malgré ceci et cela, je pris la 12ème place du classement général". Au cours de cette année 1922, Emile s'était classé 3ème de Bordeaux-Paris.

La saison 1923 sera la meilleure de sa carrière alors qu'il a déjà 35 ans. Il remporta le Tour de Belgique et l'épreuve éprouvante qu'est Bordeaux-Paris. Il ne se doutait pas que 23 ans plus tard, il effectuerait un nouveau tour d'honneur au vélodrome du Parc des Princes, à l'issue du Bordeaux-Paris de 1946. Ce fut, cette fois, en compagnie de son fils, Emile Masson junior, qui avait lui aussi, enlevé la victoire. Cette année là, Emile ne fut pas sélectionné pour le Tour de France. Parce qu'il avait gagné le Tour de Belgique et Bordeaux-Paris, Ludovic Feuillet lui fit savoir que "les forces humaines avaient des limites" et qu'il avait donc pris cette décision là. Il semble qu'il eut tort puisqu'en septembre, il possédait encore suffisamment de réserves pour s'adjuger le G.P Wolber, officieux championnat du Monde de la route, avec six minutes d'avance sur Henri Pélissier.

En 1924, alors qu'il avait terminé deuxième de Bordeaux-Paris, il prit part une sixième fois au Tour de France. Toujours inscrit dans la catégorie des coureurs de 1ère classe, il abandonnait lors de la 5ème étape, Les Sables d'Olonne-Bayonne (482 km). La parole est à Emile : "En 1924, je n'avais pas le moral. J'ai abandonné sans gloire à Dax, au cours de l'étape Bordeaux-Bayonne. Je n'avais pas "digéré" Bordeaux-Paris dont j'avais pris la deuxième place mais que j'avais terminé à la cravache après avoir gobé un œuf pourri à une centaine de mètres de l'arrivée".

Lors de sa 7ème participation à la Grande Boucle, en 1925, dans l'équipe Alcyon, il termina à la 22ème place à 8h55'18" du vainqueur, l'Italien Ottavio Bottecchia. Donnons à Emile l'occasion de nous narrer sa 7ème participation : "En 1925, enfin lors de la seconde victoire de Bottecchia, je tins le rôle de "lieutenant" auprès de Nicolas Frantz et Aymo, les deux leaders de mon équipe. A Bordeaux, le Luxembourgeois portait le maillot jaune. Bottecchia, lui, attendait son heure. Comme nous bavardions à la faveur du jour de repos, Ottavio m'assura : "Aujourd'hui, bon estomac, demain, bonnes jambes". Mieux que quiconque, il connaissait ce vieil adage cycliste. Le lendemain, il s'imposait à Bayonne et s'adjugeait finalement le Tour avec 54 minutes d'avances sur Lucien Buysse. Personnellement, j'étais satisfait de mon sort. A Luchon, Ludovic Feuillet m'avait déjà accordé de nombreuses gratifications personnelles (2000 francs au total) pour services rendus. Malgré cela, en fin de saison, il ne renouvela pas mon contrat. Je payais la note du Tour de Belgique dont la 1ère étape avait été marquée par une "grève de protestation". René Vermandel, Félix Sellier et Louis Mottiat connurent un sort identique. On limogeait les "vieux". On les avait assez vus sur la route où, le plus souvent, ils faisaient la pluie et le beau temps. Pourtant, malgré mes 37 ans, je n'étais pas "fini". Sans cette "salade", j'aurais encore pu tenir ma place dans les pelotons durant deux ou trois saisons. J'en suis persuadé, j'en éprouve encore toujours des regrets. C'est peut être idiot, mais c'est la vérité".

C'est ainsi qu'en 1925 Emile mettait fin à sa brillante carrière sportive à l'âge de 37 ans.
Dans d'innombrables épreuves françaises, il fut avec Louis Mottiat, l'âme de l'opposition aux grands champions qu'étaient notamment les frères Pélissier. La deuxième guerre mondiale fut pour Emile Masson père une terrible épreuve. Alors qu'il avait largement mérité de savourer un confortable repos, il fut ruiné par cette nouvelle tourmente et souffrit, en outre, moralement de la captivité de son fils, prisonnier de guerre en Allemagne, alors qu'il avait déjà remporté une Flèche Wallonne et un Paris-Roubaix.

Après ces terribles années, le père et le fils se retrouvèrent. Le père reprit le collier et se reconvertit en cultivateur. Le 25 octobre 1973 alors que l'on venait de fêter, une semaine plus tôt, son 85ème anniversaire, Emile Masson père tirait sa révérence.

Michel Noël avec l'aide des Archives de Monsieur Roger Latour de Morialmé et les articles de Monsieur Raymond Reman de Morialmé.

1913
2ème du Tour de Belgique
- 1er de la 4ème étape
39ème de Paris-Roubaix
44ème de Paris-Tours
Abandon au Tour de France (4ème étape)
- 8ème de la 1ère étape
1914
2ème de Bruxelles-Liège
2ème de l'Etoile Carolorégienne
7ème de Paris-Tours
1919
1er du Tour de Belgique
- 1er de la 5ème étape
- 3ème de la 3ème étape
2ème de Paris-Bruxelles
3ème de Retinne-Marche en Famenne-Retinne
8ème de Paris-Roubaix
Abandon au Tour de France (8ème étape)
- 4ème de la 4ème étape
- 5ème de la 7ème étape
- 6ème de la 2ème étape
- 6ème de la 3ème étape
- 8ème de la 6ème étape
- 9ème de la 1ère étape
- 9ème de la 5ème étape
1920
4ème du Tour des Flandres
5ème du Tour de France
- 2ème de la 3ème étape
- 5ème de la 1ère étape
- 5ème de la 8ème étape
- 5ème de la 15ème étape
- 6ème de la 6ème étape
- 6ème de la 12ème étape
- 6ème de la 13ème étape
- 7ème de la 4ème étape
- 7ème de la 10ème étape
- 7ème de la 11ème étape
- 8ème de la 2ème étape
- 8ème de la 7ème étape
- 9ème de la 5ème étape
- 10ème de la 14ème étape
6ème du Tour de Belgique
- 3ème de la 2ème étape
13ème de Paris-Bruxelles
1921
Champion de Belgique du contre-la-montre par clubs
2ème du Tour de Belgique
- 3ème de la 1ère étape
- 3ème de la 3ème étape
3ème de Paris-Brest-Paris
9ème de Paris-Roubaix
Abandon au Tour de France (1ère étape)
1922
2ème du Tour de Belgique
- 1er de la 4ème étape
3ème de Bordeaux-Paris
3ème de Paris-Roubaix
4ème de Liège-Bastogne-Liège
12ème du Tour de France
- 1er de la 11ème étape
- 1er de la 12ème étape
- 3ème de la 9ème étape
- 4ème de la 7ème étape
- 5ème de la 8ème étape
- 6ème de la 2ème étape
- 7ème de la 13ème étape
- 7ème de la 15ème étape
- 9ème de la 5ème étape
- 10ème de la 10ème étape
17ème de Paris-Tours
Abandon au G.P Wolber
1923
1er de Bordeaux-Paris
1er du Tour de Belgique
- 1er de la 2ème étape
- 2ème de la 1ère étape
- 3ème de la 4ème étape
1er du G.P Wolber
1er de Sclessin-Saint Hubert-Sclessin
2ème du Giro della Provincia Milano avec Félix Sellier le 21 octobre
- 2ème de l'épreuve sur route
- 2ème de l'australienne
- 4ème de l'épreuve sur piste
2ème du Circuit du Midi
2ème de Liège-Malmédy-Liège
2ème du G.P Servais à Wandre
5ème de Liège-Bastogne-Liège
6ème du Tour des Flandres
7ème de Paris-Bruxelles
7ème de Paris-Roubaix
1924
1er de Paris-Lyon (G.P Sporting) avec Félix Sellier
1er de Jemeppe-Bastogne-Jemeppe
2ème de Bordeaux-Paris
2ème du Giro della Provincia Milano avec Félix Sellier le 12 octobre
- 2ème de l'épreuve sur route
- 2ème de l'épreuve sur piste
- 3ème de l'australienne
9ème de Liège-Bastogne-Liège
12ème du Tour des Flandres
14ème du Tour de Belgique
30ème de Milan-San Remo
34ème de Paris-Roubaix
Abandon au Tour de France (5ème étape)
Abandon au G.P Wolber
1925
7ème de Paris-Roubaix
18ème du Tour des Flandres
19ème de Paris-Bruxelles
22ème du Tour de France
Non-partant au G.P Wolber


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Fichier mis à jour le : 2/02/2013 à 8:47

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