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Jean Bobet : "Jean Leulliot a été sauvé par les journalistes sportifs"18 novembre 2018  

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Jean Bobet : "Jean Leulliot a été sauvé par les journalistes sportifs"

L'an dernier, Jean Bobet a publié un livre consacré au cyclisme sous l'Occupation de juin 1940 à août 1944. Une période souvent oubliée dans les rétrospectives consacrées au cyclisme. Jean Bobet revient sur son ouvrage.


Propos recueillis par Dominique Turgis

Qu'est-ce qui vous a donné envie d'écrire un livre sur le cyclisme pendant l'Occupation ?
Jean Bobet : C'est une étrange histoire. Au départ, je voulais faire un roman, une fiction. J'avais trouvé de belles histoires avec des concordances. J'avais même écrit 50 pages. Mais j'aurais dû tripatouiller les dates pour que le livre se tienne. L'ancien journaliste que je suis ne le pouvait pas.

Comment avez-vous collecté les témoignages ?
Je suis président de l'Amicale du cyclisme qui regroupe 720 anciens coureurs cyclistes (pas tous d'anciens pros). A ce titre, je rencontre beaucoup d'anciens qui ont couru pendant ces années-là comme Emile Idée et Victor Cosson. J'ai même couru avec Emile Idée.
J'ai eu l'idée de faire parler ensemble Cosson et Idée. C'est là que ce dernier raconte comment Jean Leulliot l'a menacé de lui envoyer la Gestapo s'il ne participait pas au Circuit de France qu'il organisait en 1942. Je lui ai fait répéter pour voir si j'avais bien compris. Victor Cosson l'a regardé interloqué, il n'était pas au courant. Dans ma tête, ça a fait tilt !

LEULLIOT SAUVE DU PELOTON PAR SES CONFRÈRES

Comment expliquez-vous que cette histoire soit restée inconnue après-guerre ?
Pendant la guerre, personne ne voulait se faire remarquer en parlant trop. En plus certains coureurs étaient en fraude par rapport au S.T.O. même si leurs papiers étaient en règle.

Qu'est-il arrivé à Jean Leulliot à la Libération ?
Jean Leulliot a eu un procès. A son procès, toute la presse sportive est venue témoigner en sa faveur, même Jacques Goddet qui était pourtant sévère avec lui. Jacques Marchand m'a dit que pour lui, c'était un exemple unique de solidarité dans la presse.

Comment expliquez-vous le voile pudique jeté sur cette période de l'histoire du vélo ?
Moi-même en travaillant sur ce livre, j'ai appris beaucoup de choses. Pendant les années 50, même la presse communiste qui était encore forte avec "Ce Soir" où écrivait Pierre Chany, cette presse communiste ne disait rien là-dessus. Nous ne savions pas que Jean Leulliot avait organisé le Circuit de France en 1942.
La période de reconstruction, la joie et l'enthousiasme qui allaient avec, ont pris le dessus. L'Epuration s'est éteint très rapidement.

Si vous aviez appris l'attitude de Jean Leulliot est-ce que cela aurait changé vos relations avec lui ?
Oui, cela aurait changé des choses. Nous étions gaullistes dans la famille. Jean Leulliot, je le connaissais bien après-guerre. C'était un ami. Mais, à sa décharge, c'est trop facile de juger 60 ans plus tard. Intellectuellement, c'est malhonnête.
Je pense sincèrement que Jean Leulliot n'était pas pro-Allemands. C'était avant tout un passionné de vélo. Quand il a repris Paris-Nice après-guerre, c'était avec des bouts de ficelles, comme pour son Circuit de France. En 1952, dans Paris-Côte d'Azur, la deuxième étape Pougues les Eaux-Annonay est annoncée à 245 km. Au ravitaillement à St Etienne, les directeurs sportifs nous préviennent qu'il y a finalement 45 km de plus.

JACQUES GODDET ET LE VEL' D'HIV'

Si Jacques Goddet avait organisé son G.P du Tour de France en 1943 pour faire comme Jean Leulliot, aurait-il commis une erreur ?
Il était harcelé par la Propaganda Staffel pour organiser le Tour de France. C'est sa plus grande résistance de ne pas succomber à ce harcèlement.
Sa plus grande souffrance restera jusqu'à sa mort la Rafle du Vel' d'Hiv' dont il était actionnaire. Il n'était pas prévenu. Le concierge lui a dit que les petites portes sur les côtés étaient barricadées, ils ne pouvaient pas les ouvrir. C'était la plus grande salle disponible sur Paris et, pour toujours, cela s'appellera la Rafle du Vel' d'Hiv'.

"Le vélo à l'heure allemande" par Jean Bobet, éditions La Table ronde

TRAVAIL SUR LES ARCHIVES

Quels autres coureurs avez-vous interrogés ?
Albert Bourlon par exemple. Il est toujours magnifique, d'une grande sincérité. Il a toujours sa carte du Parti Communiste. Il m'a raconté ses évasions. Pour le premier Tour de France d'après-guerre, Albert Bourlon gagne une étape après la plus longue échappée de l'histoire du Tour. Et bien, la presse de l'époque que j'ai consultée fait à peine allusion à ses évasions !
Après ce Tour 47, Albert Bourlon n'a jamais été sélectionné en équipe de France. Il reste persuadé, encore aujourd'hui, qu'il n'a jamais été sélectionné à cause de sa carte au PCF. J'ai bien connu Jacques Goddet et je suis sûr que ce n'était pas la raison.
Pour mon travail sur ce livre, j'ai aussi beaucoup travaillé sur les archives, les journaux d'époque. J'ai aussi consulté le travail fabuleux de Pierre Weecxsteen et Frédéric Girard qui ont collecté les résultats des années de guerre.

Avez-vous essuyé des refus ?
Non, aucun. Par contre, certains n'avaient retenu de cette époque qu'une bonne place à Paris-Vailly sur Sauldre. Je me suis surtout intéressé aux personnages attachants comme Guillaume Mercader par exemple.

LA SEULE DISTRACTION GRATUITE

Vous qui étiez tout jeune à l'époque, quels souvenirs avez-vous du cyclisme sous l'Occupation ?
A partir de 1943, Louison, mon frère, a pris sa première licence. Nous sommes tous allés à vélo le voir courir le 1er Pas Dunlop à Bédée, à 25 km de St Méen. Louison avait pris sa licence au tout nouveau Cyclo-Club rennais mais il avait un maillot de la marque de cycles "Stella". Son président de club était furieux, pour le Dunlop la publicité était interdite sur les maillots. Humiliation pour Louison, il a dû courir avec le maillot du club de foot local.

Quelle était l'envergure du cyclisme breton à l'époque ?
Il était surtout local. Il ne dépassait pas les limites du département car il fallait faire l'aller-retour à vélo. Jean Fontenay et Eloi Tassin continuaient de courir. Il y avait une activité soutenue car chaque commune organisait une fête, la kermesse paroissiale en faveur des prisonniers de guerre. Dans ces kermesses, il y avait toujours une course de vélo. Il faut rappeler que c'était la seule distraction gratuite de l'époque.

LES COUREURS FAITS POUR LE SYSTÈME "D"

Dans votre livre, vous racontez comment des courses sont encore organisées à Paris juste avant l'arrivée des Allemands en 1940 et juste avant la Libération de Paris. Est-ce que ça vous trouble ?
C'est comme ça. On a l'impression que les gens ignorent tout. A l'époque, les moyens de communication et d'information ne sont pas ceux d'aujourd'hui. De plus, les gens vivaient au jour le jour. Quand on lit la presse de 40 à 44, la seule question est : "Qu'est-ce qu'on bouffe demain ?" Marcel Hansenne, [NDLR : coureur à pied et futur journaliste à L'Equipe] m'a dit : "A cette époque, j'étais vraiment amateur, je courais pour du beurre".

Les coureurs se servaient des courses pour aller se ravitailler ?
Les coureurs, par nature, et non par atavisme, sont doués pour le "Système D". Ce sont des gens qui connaissent toutes les ficelles. Il y a toujours un copain qui connaît un copain qui connaît untel. Il faut noter qu'il n'y a eu aucun exemple de dénonciation d'un coureur par un autre coureur.

Quel est votre sentiment quand la municipalité de Grenoble débaptise le stade Charles Berty ?
Cela fait mal. Je ne suis pas favorable aux noms de sportifs donnés aux rues ou au stade car un jour ou l'autre, il faut débaptiser ces rues. La gloire sportive est éphémère même si je suis heureux de voir toutes ces rues au nom de Louison. Dans le cas de Charles Berty, c'est le résistant qui était honoré.

Quel sera votre prochain livre ?
Enfin, j'essaie de me lancer dans une fiction sous la forme d'un recueil de nouvelles.

"Le vélo à l'heure allemande" par Jean Bobet, éditions La Table ronde

Photo : Guillaume Mercader, coureur cycliste, marchand de cycles et résistant, a joué son rôle au moment du Jour J.
Crédit : DR


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Fichier mis à jour le : 1/02/2013 à 19:06

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