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Le Tour de France contre les aiguilles31 juillet 2016  

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Depuis 1934 le contre-la-montre individuel a gagné sa place dans le parcours du Tour de France. Rendez-vous obligé de l'épreuve, son dosage dans l'équilibre du menu proposé aux coureurs varie selon les époques : de l'indigestion à la diète. Dès le début, les organisateurs ont compté sur le chrono pour boulverser le classement mais le plus souvent le favori s'en sert pour remettre les pendules à l'heure.
Retour et étude de la place du contre-la-montre individuel depuis 80 ans.



Par Dominique Turgis (le 9/11/2012)

Il va y avoir du sport entre le vélodrome de la Roche-sur-Yon et Nantes, "une épreuve de sport réel" comme la baptise le radioreporter Jean Antoine. Henri Desgrange fait entrer le contre-la-montre individuel au menu du Tour de France en 1934 pour relever le plat que servent les coureurs entre les Pyrénées et la remontée vers Paris. La course est fade et les journées sont longues entre Pau et Paris.

CONTRÔLE DE SIGNATURE SUR LE CONTRE-LA-MONTRE

Pour cette première expérience se pose le problème de l'ordre des départs. On veut éviter que Magne, le Maillot Jaune et Martano son dauphin, partent l'un derrière l'autre. Que se passera-t-il si l'un rejoint l'autre ? Surtout qu'une crevaison est si vite arrivée sur les routes. Au final, un tirage au sort va décider qui des classés aux places paires du général ou de ceux situés aux places impaires vont partir dans la première vague. Les impairs passent en premier, Magne part le 20e et gagne à Nantes, après avoir dû s'arrêter à Thouaré-sur-Loire pour signer la feuille du contrôle fixe.
Le pauvre Folco, 39e et lanterne rouge, premier à partir, a dû s'élancer cinq minutes après l'arrivée de la première demi-étape de la Roche-sur-Yon.

DEJA DES TRICHERIES

Les journalistes sont conquis par la nouveauté ainsi que le public qui voit des coureurs toutes les deux minutes. André Salmon du Petit Parisien se réjouit d'avoir vu "sur le chemin de Nantes du sport très pur sans aucune façon de spectacle." Avant le départ, les journalistes s'inquiétaient de la régularité d'une telle course disputée sur une route ouverte à la circulation, comme toutes les étapes du Tour.
La voiture du patron Henri Desgrange doit suivre Magne, mais aussi Vietto, Lapébie et Geyer. Jacques Goddet surveillera Martano, Vervaecke, Morelli et Canardo. Mais bien évidemment quand ils seront derrière un coureur, ils ne seront pas sur le dos des autres.
Ainsi, quand les yeux des surveillants ne sont pas fixés sur eux, les coureurs ne peuvnet s'empêcher de contourner le règlement. Roger Naud du Petit Parisien a vu "des coureurs rejoints par d'autres servir d'entraîneur à ces derniers et d'autre part encore plus inadmissible, de voir des coureurs confondre les mots ''course contre la montre'' avec entraîneurs mécaniques."

FAILLITE DE L'ORGANISATION ET TRICHERIES EN SERIE

Ce premier contre-la-montre individuel a rempli son rôle. Il a modifié le classement général après la montagne. Roger Lapébie remonte à la 3e place à la place de Vietto. H.D. va donc en placer trois sur le parcours de 1935, en plus des départs séparés par équipes de retour au programme. Il voit là un moyen de briser le rythme de randonnée de la majorité des étapes du Tour.
Le premier contre-la-montre va montrer les limites de l'organisation. Contrairement au premier essai de 1934, il y a 86 coureurs sur la route, partis de minute en minute. Les coureurs se rejoignent et roulent en petits pelotons. D'autres font du demi-fond dans le coffre des autos. Il faut attendre 1936 pour voir deux gendarmes à moto sur la course pour faire le ménage dans les voitures extérieures à la course.
Les sanctions des commissaires sont à géométrie variable. Debenne, Charles Pélissier et René Bernard prennent 2' de pénalité pour s'être regroupés. Antonin Magne écope d'un seul avertissement pour avoir bénéficié "involontairement" du même avantage.
Le commissaire belge, Fernand Adant demande même la suppression des contre-la-montre car ils sont trop difficiles à surveiller. Pour le deuxième contre-la-montre individuel Narbonne – Perpignan, les départs sont espacés de 2' et les mieux classés partent en dernier.

JEAN FONTENAY PLUS RAPIDE DERRIERE MOTO

Sur la dernière épreuve chronométrée, les commissaires veulent surveiller les cinq premiers du classement général. Ils ne seront donc pas les plus rapides de l'étape. Jean Fontenay réalise le meilleur temps ... avant d'être démasqué et déclassé. Il a pris le sillage d'une moto et se fait pénaliser de cinq minutes. Le Breton est un récidiviste. Déjà dans la demi-étape du matin, il a pris le sillage d'une moto. Mais le journaliste Albert Baker d'Isy n'est pas dupe et pense que Fontenay n'est pas le seul à avoir triché.
On est loin du "sport réel" espéré en 1934. La mascarade de 1935 sonne le glas des contre-la-montre individuels pour 1936.


Graphique 1 : l'évolution du kilomètrage et du nombre d'étapes des contre-la-montre individuels (prologue compris) (1934-2013)

Les contre-la-montre individuels reviennent en force en 1937. Du moins sur la carte. En effet, après la déroute de l'équipe de France dans les chronos par équipe face aux Belges, Henri Desgrange décide de changer les règles en cours de route : plus de chrono à partir de Marseille! Une façon de ne pas reconnaître que l'équipe de France qu'il a sélectionnée lui-même est inférieure aux Belges. Félix Lévitan, futur directeur du Tour mais encore journaliste prend la défense des Belges et des contre-la-montre : "Henri Desgrange a eu tort. Je le dis tout haut : les coureurs belges sont venus pour disputer des courses contre-la-montre. Pourquoi les en prive-t-on ? On ne comprend pas Henri Desgrange. Il avait à sa disposition des moyens bien divers. Il a pris ses responsabilités." Deux chronos individuels sont supprimés. Mais après le retrait collectif des Belges, le contre-la-montre Vire-Caen est maintenu. Dans le but de garantir la régularité de l'épreuve, la route est gardée.


DE MOINS EN MOINS DE KILOMETRES

L'édition 1939 détient le kilomètrage record de 282,5 km sur cinq étapes. En 1970 avec autant d'étapes (dont le prologue) le total n'est que de 85,6 km. Le nombre d'étapes n'est donc pas proportionnel à la somme des kilomètres contre-la-montre.
L'édition 1979 avec elle aussi cinq étapes (dont deux en côte) et 165 km dédiés aux rouleurs (sans oublier deux courses par équipes) est influencée par les chronos. C'est en partie grâce aux trois derniers contre-la-montre que Bernard Hinault va refaire son retard sur Joop Zoetemelk après l'étape des pavés. Il reprend le paletot dans le contre-la-montre qui se termine en haut d'Avoriaz.

Après la guerre, la tendance est plutôt à un ou deux chrono mais très longs. Le contre-la-montre individuel le plus long de l'histoire du Tour est celui de 1947 avec 139 km entre Vannes et St Brieuc. Les Tours 1949, 1950 et 1951 font partie des cinq Tours avec le plus fort kilomètrage de "spéciales". Et avec seulement deux étapes.
A l'inverse, dans les dix éditions avec le moins de distance contre-la-montre, figurent trois des derniers Tour : 2009, 2011 et 2010. Parmi les vingt totaux les plus faibles, les années 2000 sont présentes six fois.

DES CHUTES DE TENSION

Le graphique montre que le total des chrono chute brusquement certaines années . Ces "chutes de tension" correspondent à des choix des organisateurs qui veulent moins favoriser les rouleurs. Ces modifications viennent en réaction aux éditions précédentes.
Ainsi la chute est visible entre 1952 et 1953 et le total passe en dessous des 75 km avec une seule étape. Fausto Coppi et sa domination écrasante est passé par là. Jacques Goddet ne veut plus voir sa course jouée à 10 jours de Paris.
Rebelote en 1963. L'année précédente Jacques Anquetil avait tout misé sur le dernier contre-la-montre pour remporter le Tour. Mission accomplie pour Maître Jacques mais les organisateurs veulent le voir se dépouiller en dehors des essais individuels. Pour le forcer à abattre ses cartes plus vite, ils le privent de plusieurs kilomètres contre son ami le chronomètre.

DES ETAPES RENTABLES

A partir de 1969 et jusqu'à 1974, les étapes contre-la-montre se raccourcissent en dehors du chrono de fin de Tour. Et ce n'est pas forcément pour limiter la domination de Merckx puisque le mouvement est enclenché avec le tracé du Tour 1969. Ces demi-étapes courtes, parfois à peine plus longues que le prologue, souvent sur un circuit, permettent aux organisateurs (Société du Tour et comités locaux) de faire rentrer un peu d'argent.
Déjà en 1957, les organisateurs proposaient un contre-la-montre de 9,8 km sur le circuit de Montjuich à Barcelone ... le jour de repos ! C'était aussi l'occasion de faire payer une deuxième fois, après l'arrivée de la veille, les entrées dans l'enceinte d'arrivée.


Graphique 2 : l'évolution du kilomètrage et du nombre d'étapes des contre-la-montre individuels (prologue compris) (1982-2013)

En 30 ans, la part des contre-la-montre dans le gâteau du Tour de France a diminué. De cinq étapes en 1983 (dont deux en côte), la moyenne actuelle est de deux. Depuis 1988, la durée du Tour est limitée à 4 week-ends. De plus, à partir de 1991, les organisateurs ont abandonné le rythme d'un chrono par semaine, ou d'une épreuve avant, entre (ou pendant) et après les deux massifs montagneux.
A partir de 1991, l'équilibre se fige un peu : une épreuve de vérité avant la première étape de montagne et le dernier contre-la-montre après les massifs. Devant la domination d'Indurain qui écrase tout dès la première étape chronométrée, les organisateurs attendent 1996 pour proposer le premier contre-la-montre, en côte en plus, après la première étape de montagne.
Ce premier chrono après les premiers cols est renouvelé l'année suivante en 1997 mais aussi en 2001 avec l'arrivée à Chamrousse, 2003 et 2007. En 2010 et 2011 la première grande étape contre le temps était aussi la dernière.


Edvald se sent comme un Boasson rouge dans les contre-la-montre (photo Etienne Garnier www.velofotopro.com)

LES ROULEURS MOINS BIEN TRAITES

Si le kilomètrage total diminue, c'est souvent la première étape chronométrée qui en fait les frais, au point d'être confondue avec le prologue en 2000, 2005, 2009 avec moins de 20 bornes à chaque fois.
Depuis les années 80 cette première étape rétrécit petit à petit. 75 km en 1985, 87 bornes en 1987 à une époque où le GP des Nations en mesure 90. 1991 offre le dernier premier chrono supérieur à 70 km. Après les 64 km de 1994 au Lac de Madine, on ne remonte plus au dessus de la ligne des 60. L'étape d'Albi en 2007 est jusqu'à présent la dernière au-dessus des 50 au compteur alors que l'UCI autorise une distance maximale de 60 km. Alors avec sa première étape contre-la-montre de 41 km, le Tour 2012 n'était pas la Grande Boucle la plus destinée aux rouleurs de l'histoire du Tour.

Mais une chose est constante c'est l'importance du dernier contre-la-montre.


Graphique 3 : Le dernier contre-la-montre du Tour : sa longueur et sa place avant l'arrivée

Le premier contre-la-montre de 1934 était déjà placé à la fin du Tour, pour animer la course et éventuellement provoquer un retournement de situation en misant sur la fatigue ou la fraîcheurs des concurrents. On l'a vu, Roger Lapébie en avait profité pour monter sur le podium alors que Vietto affichait ses faiblesses.

JACQUES GODDET DEFEND SON CHRONO 1947

Pour le Tour de la reprise, la présence d'un long contre-la-montre presque aussi long que le GP des Nations fait débat. Jacques Goddet répond point par point aux critiques.
En effet certains regrettent que le Tour se joue sur cette étape si proche de l'arrivée, trop longue. Goddet répond qu'en fin de Tour les coureurs sont aptes à supporter 4 h d'effort et que ceux qui coinceront seront ceux qui n'ont pas supporté les efforts du Tour. Il ajoute que les minutes gagnées contre-la-montre ont la même valeur que celles gagnées en montagne.
Enfin, des observateurs craignent pour la régularité de la course, en souvenir des éditions d'avant-guerre. Là encore Jacques Goddet répond par la qualité de son organisation : la route sera fermée à la circulation ; chaque coureur sera suivi par une voiture avec un commissaire à l'intérieur et aussi le nom du coureur sur la voiture ; les cinq premiers du classement général seront renseignés par des motos sur leur position pendant la course.
L'étape contre-la-montre prend son visage définitif.

UN DERNIER POUR LA ROUTE

La dernière étape contre-la-montre est traditionnellement longue, même ces denrière années où le kilomètrage diminue. Il n'y a que douze éditions qui se terminent sur un chrono sous la ligne des 40 km. Et parmi ces douze, il y a trois demi-étapes disputées le dernier jour en 1973, 76 et 77. De plus les deux dernières étaient surtout un prétexte pour faire défiler les coureurs sur les Champs Elysées. Même si la 3e place du podium 1976 s'est jouée dans la dernière spéciale entre Poulidor et Delisle.
Plus de la moitié des dernières épreuves de vérité dépassent la barre des 50 km qui semble la bonne distance pour révéler la fraîcheur des coureurs en fin de Tour.

APRES LA MONTAGNE, C'EST MIEUX

Créé pour animer la lente remontée vers Paris, en 1934, le dernier contre-la-montre du Tour s'est ancrée à cette place. Il est le plus souvent placé la veille ou l'avant-veille de l'arrivée à Paris.
L'écart le plus long entre cette étape particulière et le final du Tour est de quatre jours. On ne retrouve cette situation que trois fois : 1948, 1975 et 2013. Si en 1948 et 1975, la montagne était derrière les coureurs (le chrono 1975 était accidenté avec le col du Corbier à grimper et descendre), ce ne sera pas le cas pour le 100e Tour avec les Alpes qui arrivent derrière. Un coup d'oeil dans le rétro pas si lointain montre que ce n'est pas toujours une très bonne idée.
En 1986 et 2009 le Puy-de-Dôme et le Ventoux sont servis après le dessert. Résultat : les contre-la-montre figent le résultat final du Tour de France et il n'y a plus de bataille entre les favoris sur les deux arrivées au sommet annoncées comme le clou du spectacle au départ des deux éditions. Félix Lévitan reconnaît lui-même en 1986 que c'était une erreur d'avoir placé le contre-la-montre de St Etienne avant l'arrivée du Puy-de-Dôme.

JUSQU'A LA DERNIERE SECONDE

Le Puy-de-Dôme rappelle le Tour 1964, célèbre aussi pour son dernier contre-la-montre, le dernier jour avec l'arrivée au Parc-des Princes. Cette année-là, les organisateurs ont eu le nez creux en plaçant le dernier chrono, le dernier jour. Ils vont répéter cette apothéose chronométrée jusqu'en 1973, avec de nouveau un final dramatique en 1968. Cette fois le Maillot Jaune change d'épaules. Toutefois en 72 et 73, c'est une demi-étape contre-la-montre disputée le matin.
En 1976 et 1977, le dernier chrono individuel a lieu sur les six kilomètres du circuit des Champs Elysées. Mais c'est 12 ans plus tard que l'épreuve de vérité revient donner son verdict sur les Champs Elysées avec le renversement de situation célèbre : Greg LeMond prend définitivement le Maillot Jaune à Laurent Fignon pour huit secondes.

LES DERNIERES AIGUILLES DETRICOTENT LE MAILLOT JAUNE

Au moment de présenter le parcours du Tour 1960, Raymond Huttier dans Ouest-France charrie un peu les organisateurs avec cette fameuse dernière épreuve spéciale qu'ils maintiennent "sans doute dans l'espoir que le maillot jaune au sortir des dernières montagnes pourrait se voir déposséder là de son précieux trophée... ce qui arrivera bien à se produire une année ou l'autre." Les journalistes avaient déjà la mémoire courte car déjà en 1947 et 1958 les aiguilles avaient détricoté le Maillot Jaune. En effet c'est bien sur le chrono de Dijon que Charly Gaul endosse son Maillot Jaune et pas à l'arrivée de l'étape de la Chartreuse.
Ce changement de leader sur le dernier contre-la-montre va se répéter et plus d'une fois : 1962, 1968, 1978, 1987, 1989, 1990, 2006 et 2011. Comme on l'a vu, en 1968 et 1989, ce retournement de situation a lieu le dernier jour et devient mémorable.
Le dernier chrono sert bien à quelque chose.


Graphique 4 : Le nombre d'étapes contre-la-montre individuelles (bleu) et en particulier les contre-la-montre en côte (rouge), prologue compris (1934-2013).

Avant l'annulation des contre-la-montre individuels et par équipes du Tour 1937 après l'étape de Marseille, le tiers d'étape Bourg-Madame – Ax-les-Thermes devait être disputé contre-la-montre. Sur le parcours, l'ascension et la descente du Puymorens étaient au programme. A l'époque, ce col fait partie des difficultés comptant pour le Grand Prix de la Montagne. En 1993, escaladé dans le même sens, il est classé en 2e catégorie pour le classement de la montagne.
Sur le graphique, nous avons choisi de compter le contre-la-montre Bonneval-sur-Arc – Bourg St Maurice parmi les contre-la-montre en côte. En effet, en partant du haut de la vallée de la Maurienne, les rescapés du Tour escaladent l'Iseran sur 13 km avant de plonger vers l'arrivée. Même si l'arrivée n'est pas au sommet, on peut le ranger parmi les chrono montagneux du Tour. Sylvère Maës remporte l'étape en étant le plus rapide dans la montée mais pas dans la descente où Périkel est le plus rapide.

CONTRE-LA-MONTRE EN CÔTE : LA CERISE SUR LE GÂTEAU

Sur le graphique, on constate tout de suite que les contre-la-montre en côte ne sont absolument pas une tradition sur le Tour de France même s'ils étaient beaucoup plus fréquents entre 1977 et 1990. D'ailleurs cette spécialité est présente sans interruption de 1987 à 1990. En 1979 et 1983, il y en a même deux.
En revanche, pendant les années Merckx, il n'y a aucune "cronoscalata" comme on dit au Giro, au parcours du Tour. Les organisateurs ont préféré proposer des courses en ligne sur des montées sèches comme Superbagnères et le Mont Revard.
Le premier contre-la-montre en côte avec arrivée au sommet est donc celui du Ventoux en 1958, remporté par Gaul en direct devant les caméras de télévision. En 1959 son alter ego Federico Bahamontès remporte le chronomètre du Puy-de-Dôme puis celui de Superbagnères en 1962. El Picador Bahamontès remporte ce chrono mais ce sont d'autres piqûres qui vont laisser des traces et provoquer une cascade d'abandons le lendemain dont Nencini et Junkermann. La préparation "spéciale chrono" a eu du mal à passer.
Jusqu'en 1990, le contre-la-montre en côte est une étape contre-la-montre qui s'ajoute aux autres. Sur le graphique, les pics bleus répondent aux pics rouges. A partir de 1994, le contre-la-montre en altitude fait partie des deux contre-la-montre du programme (en plus du prologue). C'est de nouveau le cas en 1996 où c'est même la première étape chronométrée . Chamrousse et l'Alpe d'Huez sont les deux dernières escalades chronométrées.


Graphique 5 : Le nombre d'étapes contre-la-montre individuelles après la création du prologue (y compris le prologue de 1978) (1967-2013).

Le prologue de 1967 n'est pas le premier contre-la-montre disputé le premier jour du Tour. En effet, en 1961, la 2e demi-étape est un chrono de 28,5 km ce qui permet à Jacques Anquetil d'endosser le Maillot Jaune qu'il ne va plus quitter jusqu'à Paris.
Les deux premières années, le prologue ne veut pas forcément dire plus de kilomètres contre-la-montre. En 1967 et 1968 une seule longue étape contre le temps est programmée, le dernier jour.
En général, le prologue permet de maintenir le quota du Tour à au moins trois épreuves individuelles. Mais pas toujours.

PROLOGUE RALLONGE EN ETAPE

Si l'épreuve chronométrée du premier jour dépasse les huit kilomètres, on ne peut plus l'appeler prologue. C'est ainsi qu'en 2000, les 16,5 km sont une première étape, tout comme les départs de Noirmoutier en 2005 et Monaco en 2009 ce qui explique la chute de la courbe bleue.
Certaines années il n'y a pas de prologue du tout et la courbe bleue chute encore. En 1971, c'est un prologue par équipes. En 1988, il y a une "préface" par équipes avec le dernier km lancé en individuel que nous n'avons pas compté. En revanche, nous avons comptabilisé le prologue de 1978 à Leiden même s'il n'a pas été pris en compte pour le classement général car il était bien prévu en tant que prologue.
Depuis 2008, le prologue n'est plus systématique. Ainsi pour la 3e fois en cinq ans, le Tour de France 2013 commencera par une étape en ligne.
Les rouleurs ne sont pas toujours les bienvenus.


Lucien Didier sur la rampe de lancement au départ du Tour 1983

LE CHRONO, C'EST DU MATOS !

Petit rappel des innovations apparues dans les contre-la-montre du Tour de France.

1934 : Dès le premier contre-la-montre du Tour, Roger Lapébie chausse des boyaux de piste.
L'article 49 de l'UCI en 1934 accepte toutes les bicyclettes mues par la force humaine à condition "qu'elles ne comportent aucun dispositif destiné à diminuer la résistance à la pénétration dans l'air." Dès lors, les vélos de contre-la-montre ressemblent aux vélos des courses en ligne, surtout sur de longues étapes. Tout juste recherche-t-on la légèreté des roues et du cadre.
1947 : René Vietto enfreint le règlement en portant un maillot de soie jaune, au lieu du maillot en laine de l'organisation. Il écope de 10'' de pénalisation.
1966 : Lucien Aimar fait coudre les poches avant de son maillot jaune avant le dernier contre-la-montre.
1969 : Un camion remorque sert de tremplin de départ. Le Tour adopte la rampe de lancement en 1969 pour les contre-la-montre, alors que, par exemple, le Trophée Baracchi l'utilise depuis les années 50.
1976 : Au contre-la-montre d'Auch, Willy Teirlinck utilise un cadre en fibre de verre, conçu par Gitane.
1979 : Vélo profil Gitane. On ne recherche plus le gain de poids mais le profil des tubes, du cintre et des jantes. En 1981, le bidon profil s'ajoute sur le cadre.
1979 : Joop Zoetemelk porte le premier maillot jaune en combinaison unipièce à Bruxelles.
1983 : Cadre plongeant d'Oosterbosch au prologue, avec petite roue à l'avant et guidon renversé. Il perd le prologue avec cette machine mais remporte le premier contre-la-montre sur un vélo classique.
1984 : Le record de Moser fait voler en éclat l'article 49 : casque profilé, roues lenticulaires ou paraculaires, guidon aile delta de Gitane apparaissent sur le Tour.
1986 : Appui lombaire sur la selle de Thierry Marie au prologue.
1989 : Guidon de triathlète.
1990 : Les commissaires refusent les roues à batons que voulait utiliser Greg LeMond pour le prologue.
1991 : Guidon "Manta" et roues à batons
1994 : Le vélo Lotus, cadre monobloc en carbone, avec guidon surbaissé, remporte le prologue du Tour avec Chris Boardman sur la selle.
1995 : L'Espada de Pinarello, cadre monobloc également.
1997 : Le cadre col de cygne monobloc de Pinarello est refusé par les commissaires au prologue. Mais pour la dernière étape à Disneyland, Ullrich, Riis et Olano reçoivent le feu vert pour l'utiliser.
Après la charte de Lugano décidée en 1996 pour mettre un terme à l'inflation de prototypes aux formes diverses, l'UCI met en place un nouveau règlement sur le matériel qui entre en vigueur le 1/1/2000 : cadre triangulaire, roues de même diamètre, réglementation de la dimension des éléments du cadre (épaisseur des tubes en particulier).
1999 : Jan Kirsipuu porte une combinaison unipièce toute jaune, y compris le cuissard, au contre-la-montre de Metz.
2012 : La combinaison jaune de Bradley Wiggins est fabriquée par l'équipe Sky elle-même. L'Anglais n'a pas utilisé le maillot de l'organisation mais contrairement à René Vietto en 1947, il n'est pas pénalisé.

Crédit photo : Etienne Garnier (www.velofotopro.com) et Dominique Turgis.


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Fichier mis à jour le : 1/02/2013 à 19:06

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